Certaines n’avaient jamais vu la mer

Ce sera à n’en pas douter un des temps forts du Festival d’Avignon. Richard Brunel de la Comédie de Valence adapte le best-seller de Julie Otsuka, Certaines n’avaient jamais vu la mer, prix Fémina étranger. L’histoire en forme de fresque du destin pluriel de milliers de Japonaises, envoyées aux Etats- Unis au début des années 1920, pour y retrouver un mari qu’elles ne connaissent pas et rêver d’un nouvel avenir. Avant de déchanter. Ce témoignage donne à voir tout un destin méconnu des femmes entre Orient et Occident au XXe siècle. Si Richard Brunel suit fidèlement la trame du roman, l’adaptation n’efface pas certaines lourdeurs du texte, comme la multiplication des anaphores, chaque comédien commençant souvent tour à tour son adresse par les mêmes mots en signe d’impuissance dramatique. Mais le défaut reste véniel devant la mise en scène on ne peut plus réussie de ce destin collectif aussi étonnant que poignant, réussissant à donner une dimension chorale à travers les portraits de femmes répliqués en vidéo, l’utilisation de la langue ou des archives, notamment l’extraordinaire séquence de dessin animé virant à la guerre au moment de Pearl Harbor. Les scènes de travail sont aussi parfaitement rendues à travers une scénographie inspirée qui n’oublie jamais la direction d’acteurs, jusqu’à la disparition de ces femmes dans la vie quotidienne américaine, narrée par Natalie Dessay dans son solo final. Une saga réussie, sans doute le spectacle le plus classique de Richard Brunel, qui devrait lui permettre d’émouvoir le plus grand nombre, dans la lignée du succès de Saïgon de Caroline N’Guyen l’an dernier à Avignon, lui aussi créé à la Comédie de Valence.

 

L.H.

 

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