Burning

Lee, un petit paysan, tombe amoureux de son amie d’enfance en venant garder son chat chez elle, à Séoul, pendant qu’elle est en vacances. Il la boit des yeux, leur scène d’amour est d’une beauté pudique renversante, mais lorsqu’elle revient de vacances avec un « Gatsby » friqué du quartier de Gangnam (le Gangnam style, souvenez-vous), soudain… elle disparaît. Elle l’avait prévenu en mimant d’éplucher une mandarine : « Ce qui existe n’a peut-être jamais existé. » Sans jamais quitter la fibre sentimentale de ce jeune homme en exil dans la vieille ferme désertée par ses parents, Lee Chang Dong invente le thriller caché : on ne saura jamais explicitement ce qui est arrivé à la jeune femme, mais tous les indices ne conduiront que vers une seule et même piste qu’on se gardera bien de vous révéler. Portrait en creux d’une certaine jeunesse coréenne, Burning contient tout à la fois le dépit amoureux, la jalousie sociale et la perte de repères dans un monde où le jeune Lee ne parvenait à être lui-même qu’avec celle qu’il vient de perdre.

Une femme disparaît

D’une rigueur et d’une douceur de chaque instant, le film avance avec lui dans une forme d’errance réduit à son face-à-face masculin, à la fois limpide (la sublime séquence du soleil couchant) et mystérieux. On ne saura jamais rien du roman que ce petit paysan projette d’écrire, et pour cause : le roman de ce personnage plus observateur qu’acteur, c’est le film lui-même ! La scène incroyable de son rêve d’enfant brûlant pourrait tout aussi bien être la sienne que celle du double qu’il jalouse. Et ce n’est qu’après avoir commis une forme d’irréparable, et s’être débarrassé de tous ses oripeaux dans un final ahuri, qu’il parviendra enfin à être lui-même dans un monde qui ne le lui aura jamais permis. Mais à quel prix ? Chef-d’oeuvre sous le signe de Faulkner (immense cinéaste, Lee Chang Dong est venu au cinéma par la littérature), on n’a pas fini de faire le tour de ce film en tout point exceptionnel. On accorde peu d’attention aux palmarès en général, mais qu’une telle merveille soit repartie sans le moindre prix du dernier Festival de Cannes alors qu’il aurait pu prétendre à tous, laisse pour le moins rêveur. On préfère continuer de rêver avec le film, qui n’a pas cessé de nous hanter depuis sa projection.

 

L.H.

BURNING de Lee Chang Dong (Corée, 2h28) avec Ah-In Yoo, Steven Yeun, Jong-Seo Jeon…

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