Sauvage

On aura rarement vu filmée la prostitution – masculine en l’occurrence – de façon aussi crédible et impressionnante. Ne vous fiez pas à l’affiche et à la bande annonce, un peu trop misérabilistes, annonçant un film martyre : si ce premier film de Camille Vidal-Naquet n’élude rien de la cruauté et de la violence qui peut surgir à tout moment des rapports de la prostitution, il n’est pas pour autant un énième film-souffrance sur la misère sociale. Grâce d’abord à la douce énergie de son interprète principal, Félix Maritaud, déjà aperçu dans 120 battements par minute, aussi insouciant et sans horizon, à l’affût d’une tendresse sans cesse différée, impressionnant de bout en bout, c’est le cas de le dire. A cause aussi ensuite d’un scénario qui, derrière son apparent réalisme, ménage quelques surprises là où on ne les attend pas, de la première scène chez le médecin, pas banale, à une scène de plug à trois, atroce quant à la toute-puissance des deux clients. En éludant rien des rapports de domination sociale induits par la prostitution, Camille Vidal-Naquet se garde bien de la condamner, et se livre en creux à tout un portrait de société dans une sorte d’Inconnu du lac gore. C’est toute l’amoralité salutaire de son film : montrer la vie dans les marges, comme Chéreau l’avait fait en son temps avec L’Homme blessé. A ceci près que, brûlant sa vie par les deux bouts, Léo semble désormais choisir cette vie de blessures, restant sauvage sciemment, incapable de la moindre intégration. Si le refuge affectif final et les relations pseudo-amoureuses avec un autre tapin sont moins convaincantes, c’est pour cette réalité sociale et sexuelle qu’on ne voit pas si souvent sur les écrans français que son film est précieux, en plus d’un direction d’acteurs capable de faire surgir la réalité d’une scène comme si elle se vivait sous nos yeux. Intransigeant et salutaire.

 

L.H.

Sauvage de Camille Vidal-Naquet (Fr, 1h37) avec Félix Maritaud, Eric Bernard, Philippe Ohrel…

 

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