On n’est pas des chiens

C’est sans doute la dernière fois que vous pourrez le voir dans une salle aussi petite (par la taille) que l’espace Gerson. À force de poser dans les piscines entouré de garçons dénudés pendant l’été — et surtout d’avoir fait le festival d’Avignon et une tournée digne de Roumanoff — Jean-Rémi Chaize a été repéré par un producteur qui va le conduire tout droit vers d’autres cieux artistiques. C’est ça d’avoir eu un article dans Télérama. C’est donc le moment de profiter une dernière fois de cet acteur de composition grandeur nature qui croque les portraits — essentiellement féminins — les plus noirs du quotidien contemporain. Son spectacle On n’est pas des chiens, c’est un peu une galerie de personnages en forme de tranches de vie naturalistes à la Muriel Robin, avec sa voix de fumeur qui rappelle la grande époque de Maria Pacôme. Anachronique, Jean-Rémi Chaize se permet aussi entre une grand-mère qui note ses courses et une maman folle qui terrorise son gamin, de belles échappées surréalistes. Jusqu’à une visite guidée en trois langues qui invente un nouveau volapük international ou un journal de 20 h en forme d’autoportrait scatologique. Mais son rire vient surtout conjurer une noirceur et une folie revenues des gouffres de la solitude. Avec une économie de jeu qui tient du grand savoir-faire, il envoie valser le mal-être dans un show dont la classe et la précision restent une exception dans l’univers du café-théâtre. Son sens de l’excès névrotique n’a d’égal que la tendresse de l’incarnation. Jusqu’à se lancer dans une déclaration d’amour à tomber en fin de spectacle, passée par tous les mots des chansons de variété qui encombrent notre coeur de midinette. Comme le sien qui n’aura cessé de battre pour ses personnages. Un drôle de spectacle, unique, désarmant, aussi théâtral que décomplexé, tenu, précis et totalement barré. Le spectacle à ne pas rater de la rentrée.

 

L.H.

 

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