Juliette Armanet aux Belles journées

So/lo/dans/ma/peau » : C’est un talent rare et bien singulier que celui de pouvoir vriller les mâchoires d’un concitoyen en l’espace de cinq notes innocentes. Et, en prime, de laisser ces cinq notes boulonnées au crâne du malheureux qui s’est exposé, à son tympan défendant, au trille creux de Juliette Armanet. Dès les deux premières secondes, fondatrices, de son premier album Petite Amie et de sa chanson à succès L’Amour en solitaire, Juliette Armanet imposait déjà à l’auditeur de choisir son camp : soit on supporte, soit on hurle.

 

À hurler

Pourtant, ces vocalises descendantes perlent avec naturel, comme des gouttes de pluie sur les touches en ivoire d’un piano. Mais ce timbre de voix ne résonne pas chez tout le monde avec la même délicatesse. Et le phrasé, difficilement compréhensible, peut assez aisément être qualifié, pour les plus lyonnais d’entre nous, de « mâchon » : un maniérisme orthophonistique qui semble privilégier la sonorité aux paroles. Ce dont on ne tiendra pas nécessairement rigueur à Juliette Armanet, dont le romantisme pop suranné et doucereux contraste étrangement avec le confort auditif… plus rugueux.

 

Armanet vs Melody, 13 ans

« Je marche lentement sous la pluie/sans penser à rien d’autre que lui/je vois l’eau qui tombe/tout l’amour inassouvi/ s’effacera sous la pluie/je n’y verrai que du feu/ce sera merveilleux »… On n’avait rien entendu d’aussi fort depuis 1989 quand Melody, 13 ans, chantait « Y’a pas que les grands qui rêvent, y a pas que les grands qui ont des sentiments »… chanson que Juliette Armanet a d’ailleurs reprise récemment. Ne nous méprenons pas : le succès de Juliette Armanet ne nous surprend ni ne nous choque. Un revival de Véronique Sanson, dont elle se réapproprie avec cruauté les bêlements-trémolos (une filiation que la chanteuse assume parfaitement) n’a rien de honteux, d’autant que la demoiselle est, paraît-il, une bête de scène. Belle performeuse, bonne musicienne, conviviale (quand elle chante Alexandre, elle fait monter un Alexandre sur scène. Heureusement que la chanson ne s’appelle pas Calixte…), Juliette Armanet n’a rien volé à personne et trace une route, très personnelle. À contretemps, à contre-courant. Voire à rebrousse-poil.

 

D.G.

 

L'événement à ne pas manquer

Autres suggestions de sorties