Mademoiselle de Joncquières

Amours sans amour

Pour se venger de la fin d’un amour, une femme de la haute va le prolonger en amitié pour mieux conduire son ancien amant sur les chemins d’une autre liaison aussi impossible que déshonorante… Pour une fois, Emmanuel Mouret ne joue pas dans un de ses films. Pour une fois encore, il adapte un récit génial de Diderot, que Robert Bresson avait déjà traduit avec la froideur qui le caractérise dans Les Dames du bois de Boulogne, diffusé la semaine dernière dans la rétrospective que lui consacre l’Institut Lumière. En respectant l’époque et les costumes de façon un peu trop appliquée, Mouret parvient néanmoins à faire vivre l’essentiel : le marivaudage à multiples facettes, aussi cruel dans ses sentiments profonds qu’il est léger et apprêté dans leur expression.

Belle distribution. Édouard Baer semble parler la langue de Diderot avec le même naturel que celle d’Astérix, et compose un personnage de libertin subtil dont le détachement finira par lui être fatal. Avec Cécile de France, ils parviennent à faire exister une libre parole au-delà des conventions costumées, faisant surgir magnifiquement la vérité des sentiments tapie sous les apparences. En second rôle, la toujours fabuleuse Laure Calamy annonce la tragédie à venir de ce dindon de la farce pris au piège de son propre désir. Mademoiselle de Joncquières est aussi un film sur la vengeance des femmes sur le comportement des hommes, vantant l’honnêteté des coeurs simples contre les apparences sociales. Savoureux. L.H.

Mademoiselle de Joncquières, d’Emmanuel Mouret (Fr, 1 h 49) avec Cécile de France, Édouard Baer, Laure Calamy, Alice Isaaz, Natalia Dontcheva

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