Bernar Venet, rétrospective 2019–1959

Bernar Venet n’a de cesse de le répéter : ce qui l’intéresse dans l’art, c’est le geste radical. De son Relief carton à ses arcs monumentaux en acier rouillé installés à Versailles, c’est là sa nature profonde. « Je suis dans l’abstraction dure et froide, je ne fais pas dans l’expressionisme ou la décoration. » Et tant pis pour ceux qui sourient, « c’est qu’ils ne comprennent pas ». Alors l’artiste originaire d’une famille modeste des Alpes-de-Haute-Provence s’applique à bien expliquer sa démarche. D’abord, il y a sa rencontre avec la matière. Elle lui saute littéralement aux yeux une première fois, comme une révélation, en contemplant une coulée de béton. Le jeune homme alors en service militaire éprouve un choc semblable à celui devant La chute des Anges rebelles de Rubens : il ne veut pas faire de la peinture, mais montrer de la matière. Alors que la France est en pleine guerre d’Algérie, l’armée lui prête un studio dans lequel il peut expérimenter et créer ses premières oeuvres : des toiles enduites de goudron. Sa deuxième révélation s’opère face à un tas de charbon sur lequel il tombe en sortant de chez lui. Il en tirera une sculpture informe, sans paramètre prédéfini, qui remet en cause l’histoire de l’art. « J’ai introduit l’idée que la sculpture n’avait pas de forme spécifique et qu’elle pouvait être exposée simultanément partout dans le monde. Ce qui compte ce n’est pas la forme, mais le concept. »

 

200 tonnes de barres d’acier

De New York, où il s’installe en 1966 et en profite pour supprimer le « d » à son prénom, à Paris, Bernar Venet poursuit sa quête conceptuelle. Fréquentant Arman, César ou encore Sol Lewitt, il s’inspire du langage mathématique pour créer des figures géométriques, avant d’imaginer ses sculptures de Lignes indéterminées, des lignes droites ou courbes en acier Corten, jusqu’à ses monumentaux Effondrements de barres d’acier de 15 tonnes. Pour sa rétrospective au musée d’art contemporain de Lyon, ce plasticien incompris en France, mais célébré à l’étranger effectuera non seulement cinq performances pour le vernissage, mais il créera en plus de nouvelles oeuvres, dès le début de l’année prochaine, pour que la date de la rétrospective 2019–1959 soit bien respectée. À 77 ans, Bernar Venet n’a pas fini de repousser les limites de l’art.

 

Caroline Sicard

 

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