Voyez comme on danse

Quinze ans après, Michel Blanc fait à nouveau danser dans Paris tous les personnages (ou presque), d’Embrassez qui vous voudrez, même si cette fois, il n’adapte pas une suite du roman de Joseph Connolly, mais se lance dans un scénario original. Tant mieux : il ne faut pas entendre plus de deux ou trois répliques pour se rendre compte que Michel Blanc reste un des grands dialoguistes de la comédie française. Avec en prime cette touche de cynisme presque britannique que décline à merveille Charlotte Rampling, retrouvant son rôle de salope voluptueuse : « Tu sais pourquoi tu es insupportable ? » dit-elle à Karin Viard. « Parce que tout ce que tu fais part d’un bon sentiment. Moi c’est exactement le contraire, et le résultat est le même… » Voilà longtemps qu’on n’avait pas vu une Karin Viard aussi drôle et aussi sincère dans un film, sans doute parce que cette comédie sur une  bourgeoisie décadente encombrée par ses névroses a une qualité rare dans le cinéma bobo parisien : l’autodérision. À ce jeu-là, les deux apparitions de Dutronc en voyou de la haute contemplant la médiocrité des gens qui vivent sous son empire, tout en se resservant du bon vin vaut son pesant de classe sociale. Il garde la classe jusque dans la caravane dans laquelle il termine à la suite de malversations financières… Pas de temps mort (1 h 26, merci Michel !), une valse d’acteurs au sommet et un art consommé du dialogue qu’on rêverait de servir en réplique à un ex : ce vaudeville friqué garde, comme le premier, son lot de surprises sexuelles, et n’hésite pas à faire des phallocrates les dindons de la farce, ce qui ne peut pas faire de mal. Un divertissement haut de gamme savoureux.

 

L.H.

VOYEZ COMME ON DANSE de Michel Blanc (France, 1 h 26), avec Karin Viard, Charlotte Rampling, Jean-Paul Rouve, Jacques Dutronc, Carole Bouquet, William Lebghil, Guillaume Labbé…

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