Les Fourberies de Scapin de Molière

Un sale gosse qui bastonne et trompe ses maîtres pour se venger de leur ingratitude : avec Les Fourberies de Scapin, Molière s’adonnait volontairement à un théâtre régressif, vrombissant comme la jeunesse alors même qu’il allait mourir deux ans plus tard. C’est le cocktail explosif de ces Fourberies : être aussi drôles que tragiques, mixant l’art burlesque et visuel de la commedia dell’arte avec la satire sociale la plus cruelle. Car il ne fait pas bon être père dans cette pièce tardive de Molière, sous peine d’être humilié, battu dans un sac, moqué dans des répliques célèbres (« Qu’est-il allé faire dans cette galère ? »), ridiculisé par un scénario animé de colère sociale qui fustige le conformisme et les valeurs conservatrices du patriarcat. Car derrière les coups de bâton, les mensonges, la fausse hypocrisie et les situations cocasses qui font tant rire, c’est la violence masculine du patriarcat qu’attaque en règle Molière. D’où l’universalité de la pièce aujourd’hui, le mariage forcé et l’opulence du patrimoine immobilier ne pouvant que faire encore tristement écho à l’actualité. La plus grande difficulté avec cette comédie carnassière, c’est sans doute à la fois de maintenir son jeu enfantin, comprenant même des épisodes dansés conservés ici, avec la violence du propos politique.

 

Polyvalent Podalydès

En le remontant pour la Comédie-Française, Denis Podalydès a voulu le faire dans les mêmes conditions qu’à l’époque. Le théâtre de Molière était alors en travaux. Il écrit alors la comédie la plus jubilatoire avec le moins de moyens possible : quelques accessoires (un sac, un bâton), des tréteaux, et une troupe de comédiens rompue au plus pur art théâtral : l’art de la tromperie et de la gesticulation. Acteur génial y compris dans la comédie (il était épatant dans Neuilly sa mère, cet été au cinéma), Denis Podalydès s’est réservé cette fois la mise en scène pour tenir les deux bouts de cette satire hilarante et effroyable, faisant cadeau du rôle-titre à Benjamin Lavernhe (le marié du Sens de la fête), bondissant comme un Arlequin. De quoi faire rire les enfants comme dans un cartoon, tout en glaçant la conscience sociale de leurs parents. Une forme de spectacle parfait.

 

L.H.

 

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