MEFISTOFELE de Boito

Moment rare, Exit a pu assister à une répétition de la prochaine « superproduction » de l’Opéra de Lyon : Mefistofele d’Arrigo Boïto, mis en scène par Alex Ollé et la compagnie La Fura dels Baus, habitués de la scène de l’opéra lyonnais. Six semaines de répétition pour un spectacle de trois heures : Alex Ollé qui avait mis en scène la cérémonie des J.O. de Barcelone en 1992 est un familier des grands spectacles, tout comme de la figure du diable, qu’il a déjà croisée à travers plusieurs opéras. Le Mal comme personnage principal, c’est le point de départ de ce Mefistofele psychopathe, amoureux de Marguerite et jaloux de Faust. Un opéra démesuré, une « tragicomédie » mettant en scène 60 choristes et 70 musiciens dans une tour de Babel moderne. Faust y campe un employé de bureau un peu loser pour qui la décadence s’exerce dans une boîte de nuit et la passion, avec sa collègue de travail… Tout le travail d’Alex Ollé consite à transposer le mythe, pour en faire une lutte entre passion et raison, comme les deux faces d’une même pièce. Les répétitions, commencées début septembre, se sont enchaînées à un rythme échevelé. Six heures par jour, six jours sur sept, les choeurs de l’Opéra ont doublé leurs effectifs pour l’occasion (60 chanteurs), jusqu’à faire vibrer les murs de la salle de travail au niveau –5 du bâtiment de Jean Nouvel. L’énergie du chef de choeur Johannes Knecht est communicative, tout comme la prestance de la jeune soliste Evgenia Muravera, qui interprète à la fois Elena et Margherita, dont la sensualité sera à l’origine de la chute de Faust et de la victoire du Mal. Il ne reste plus qu’à découvrir le résultat final de ce travail spectaculaire à la mi-octobre.

 

Deux questions à Alex Ollé

Vous avez une relation particulière avec Faust. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

Alex Ollé : « Oui, et c’est assez curieux. Faust est arrivé par hasard dans ma carrière, mais il a marqué ma vie. Il y a plus de 20 ans j’ai monté mon premier Faust pour l’Opéra de Grenade, puis Gérard Mortier est venu me voir et m’a commandé La Damnation de Faust (Berlioz) pour le Festival de Salzbourg. Ça ne s’est jamais arrêté depuis. Avec la compagnie, La Fura dels Baus, on a fait un Faust 3.0 (version Goethe) au théâtre, devenu un film en 2001, sous le titre Faust 5.0, avec lequel on a gagné le prix du meilleur film fantastique européen. En 2014, l’Opéra d’Amsterdam m’a commandé un Faust (de Gounod) et la saison dernière, j’ai mis en scène L’Histoire du soldat de Stravinsky à Lyon qui n’est autre qu’une transposition du mythe de Faust… Je suis poursuivi !

Comment allez-vous faire évoluer ici la relation entre Faust et Mefistofele ?

J’ai toujours travaillé avec Faust comme protagoniste principal. Ici je m’attache à faire de Mefisto le coeur de l’opéra. Ce qui m’a fait changé l’idée du rapport entre les deux protagonistes. Mefistofele est l’occasion de se concentrer sur la figure du Mal plutôt que sur Faust. C’est une plongée dans la schizophrénie. Mefisto n’a pas d’empathie. Cela dit, j’arrive dans la salle de répétition avec plein d’idées, avec une dramaturgie, mais je considère que mon travail est empirique, avec les comédiens, l’équipe, les répétitions peuvent faire changer le plan initial. Il y a une ligne de travail, mais ce n’est pas figé. D’autant que Faust et Mefisto sont les deux faces de la même personne. Le pacte passé avec le diable c’est le passage de la raison à la passion. »

 

Propos recueillis par Fabien Richert

 

 

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