Cold War

Peut-on s’offrir le luxe d’une histoire d’amour passionnelle dans l’Europe de la guerre froide ? C’est la question douloureuse et belle qui vibre au coeur du nouveau film de Pawel Pawlikowski, reparti du dernier Festival de Cannes avec un prix de la mise en scène pas volé, dans une année où plusieurs films auraient pu y prétendre. Cette histoire, c’est celle de Zula et Wiktor. Elle est chanteuse, il est pianiste, et leur destin se noue à l’occasion de la formation d’un groupe de musique folklorique polonaise, mis en place par le régime communiste pour inspirer le peuple. Leur relation chaotique, brulante, se love dans les soubresauts de la grande Histoire, entre Varsovie et Paris, des concerts officiels pour le parti à l’espoir d’un souffle de liberté à l’ouest du rideau de fer. À l’heure où l’économie du récit se perd, Pawlikowski compose une magnifique miniature d’1 h 20 toute en musiques et en silences, sertie dans l’écrin de son format carré et de son somptueux noir et blanc. Un dispositif repris de Ida, le film qui l’a révélé et qui, loin de corseter le film, le pare de nuances d’émotions. La photo comme la bande-son épousent 15 ans d’esthétiques et d’idéologies et le film nous dit combien elles se répondent, s’affrontent, du glacis de l’art officiel stalinien aux lumières caressantes des clubs de  jazz dans une France très Nouvelle Vague. Interprété par deux acteurs en état de grâce, le couple maudit traversera tous ces univers, en goutera l’ivresse ou l’amertume sans jamais y trouver sa place. Dans un mouvement de boucle implacable, leur sort va se sceller dans un retour à un monde archaïque et figé, qui refuse toute échappatoire. Bouleversant.

Alban Liebl

 

COLD WAR de Pawel Pawlikowski (Pol, 1 h 29) avec Joanna Kulig, Tomasz Kot, Borys Szyc…

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