Another Look at Memory de Thomas Lebrun

La mémoire et la transmission de la danse sont au coeur de la dernière création de Thomas Lebrun, Another look at memory. Le directeur du Centre chorégraphique national de Tours revient sur dix ans de son parcours à travers les gestes emblématiques de certaines de ses pièces, réinterprétés par son trio de danseurs fétiche, rejoints en fin de partie par un jeune et nouveau danseur.

 

Un texte de Marguerite Duras, sur l’intimité du travail d’écriture et la mémoire de l’écrit, est à l’origine d ‘Another look at memory. De quelle manière a-t-il fait écho en vous ?

Thomas Lebrun : Il a plutôt fait écho aux trois danseurs de la pièce, avec qui je collabore depuis des ann.es. Connaissant très bien mon travail, ils me font confiance pour se laisser emmener, sans a priori et sans que j’aie besoin de tout expliquer. Quand Duras écrit “Je ne comprends pas toujours très bien ce que je dis. Ce que je sais simplement, c’est que c’est complètement vrai ”, cela s’applique aux danseurs qui ne nomment pas les choses, mais les ressentent et les portent. Leur mouvement peut se suffire . lui-m.me. La musique dicte souvent votre écriture chorégraphique.

 

Pourquoi avoir choisi ici ce morceau de Philip Glass, Another look at harmony ?

La redondance de cette musique monumentale, que l’on croit à tort minimaliste et toujours pareille, m’évoque des paysages en accumulation, comme ceux que l’on voit défiler par la fenêtre d’un train. On regarde un paysage qui nous fait penser à autre chose, puis encore à tout autre chose pour finalement ne plus savoir par où on a débuté. C’est un peu de cette façon que j’ai retraversé dix ans d’écriture avec mes danseurs. Au début, on était là, aujourd’hui à un autre endroit, on a vieilli et vécu différemment, mais on a ce fond commun qui nous rassemble.

 

Comment avez-vous construit votre chorégraphie ?

Elle reprend les gestes les plus représentatifs des pi.ces travers.es. Cet aspect-l. du travail fut rapide : en dix minutes, on savait ce qu’on reprenait. Le plus compliqué a été de tout réécrire sur la partition de Philip Glass. Parfois on est avec la musique, parfois contre, parfois encore on glisse à l’intérieur et on s’en va. Il y a un énorme travail d’écriture rythmique, géographique et géométrique. Les pièces reprises contenaient des solos écrits pour chacun des danseurs, ils ont dû se les échanger pour partie, la transmission passant de l’un à l’autre.

 

Que voulez-vous raconter de la mémoire ?

Ici, la mémoire, c’est celle du danseur, celle de ce qu’on a fait avant et celle du moment précis. La pièce est éprouvante physiquement mais la virtuosité des danseurs ne se situe pas tant au niveau du corps que de celui de la mémoire. C’est un casse tête continu à effet domino : si un danseur rate une partie, il peut mettre la suite de la pièce en danger.

 

Que se passe-t-il quand le quatrième danseur fait irruption dans la pièce ?

Toute la première partie parle du souvenir. Le jeune danseur intervient sur le dernier mouvement du morceau de Philip Glass, alors qu’il se passe quelque chose d’assez long et lent. Il arrive comme un cheveu sur la soupe, avec des gestes très différents de ceux que j’utilise avec ma compagnie. La situation s’inverse à ce moment-là, avec cette nouvelle écriture.

 

Êtes-vous un écrivain des corps ?

Oui, c’est mon métier. Ecrire un spectacle chorégraphique, c’est écrire avec des corps dans l’espace et dans le temps. Ce n’est pas écrit matériellement, car la danse reste éphémère et c’est tant mieux.

 

Propos recueillis par Clarisse Bioud

 

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