High Life

Oubliez tout ce que vous savez sur les films de science fiction, les vaisseaux spatiaux aux couloirs blancs aseptisés, les pistolets lasers et les explosions dans l’espace. Quand Claire Denis s’empare du genre, c’est pour livrer un film violent et âpre. En envoyant au-delà du système solaire un groupe de condamnés à mort qui ont accepté une mission spatiale, la réalisatrice filme l’enfermement des corps et des esprits. Dans cet espace inhospitalier et anti-humain par excellence, les corps prennent paradoxalement toute la place. Et en particulier les fluides corporels : sang, lait, et surtout beaucoup de sperme, celui que l’infirmière Juliette Binoche, sorcière aux longs cheveux noirs elle aussi criminelle, prélève pour des expérimentations de reproduction.

 

Binoche dans la Fuck box

Dans ce huis clos où se déchainent l’animalité et les pulsions, le sexe est mortifère, l’élan vital est tari. Il n’y a pas de relation sexuelle, mais des viols et de la masturbation, dont cette scène magnifique et hallucinante avec une Juliette Binoche prenant son pied en solitaire avec un godemichet dans la Fuck box. La réalisatrice souligne ainsi la solitude et l’humanité désespérée des personnages qui ont compris depuis longtemps qu’ils ne reviendront jamais sur Terre. Et qui interrogent la nécessité de garder des règles et des croyances sociales loin des autres hommes. Seul Robert Pattinson résiste à ses pulsions en faisant voeu d’abstinence. Ce moine de l’espace réintroduit de la tendresse et de l’amour dans le film en s’occupant d’un bébé né des expérimentations, sa propre fille, jusqu’à faire sauter le tabou suprême. Un objet filmé non identifié, aussi fascinant que dérangeant.

 

C.S.

HIGH LIFE, de Claire Denis (France, 1 h 50) avec Robert Pattinson, Juliette Binoche, André Benjamin…

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