3 questions à Louise Vignaud : « Je ne voulais surtout pas être dans le réalisme »

Directrice du théâtre des Clochards Célestes et metteuse en scène associée au TNP, Louise Vignaud crée en novembre Rebibbia, un texte de femmes en prison inédit au théâtre en France. Et nous présente sa démarche.

Comment présenteriez-vous votre création, Rebibbia ?

Louise Vignaud : « C’est l’adaptation d’une auteure italienne, Goliarda Sapienza, connue pour son roman L’Art de la joie. Mais à l’époque, personne ne voulait publier son livre. Elle a fait une dépression, a fini par voler et s’est ensuite fait prendre. Elle a alors passé huit jours en prison. Une expérience de vie absolue pour elle, paradoxalement. C’est de ce récit qu’est tiré Rebibbia. Ce n’est pas seulement le récit documentaire d’une femme en prison, c’est surtout l’évocation de toutes les rencontres qui ont fini par lui redonner du sens et l’envie d’écrire. Une explosion de vie en forme de galerie de portraits. C’est pour ça qu’il y a cinq comédiennes, Sapienza et les autres rôles, chacune des comédiennes en jouant plusieurs. Un peu comme une polyphonie en huis clos.

Le texte n’avait jamais été monté au théâtre ?

Non, et la pièce n’a jamais non plus été jouée en France. J’ai tout de suite pensé que ça pouvait faire du théâtre dès que je l’ai lu il y a 5 ans. Le rapport à la sensation et au corps est passionnant à traiter sur un plateau. Mais j’ai mis du temps à le monter car je ne voulais pas le faire à moitié. D’abord, c’est la première fois que je me lance dans une adaptation et je voulais le faire avec une auteure, Alison Cosson, pour ne pas faire simplement du découpage mais un véritable travail de traduction. Et je voulais le faire dans de bonnes conditions, avec un minimum de moyens. On ne voulait surtout pas être dans le réalisme, mais rendre la tension et la circulation des informations palpables dans un univers clos et vertical. C’est pour ça que la résidence au TNP était idéale. Même si peu de gens croyaient à un tel projet, d’un texte inconnu tiré d’une auteure inconnue en France…

Comment voyez-vous l’évolution du théâtre contemporain à Lyon et aux Clochards Célestes ?

On a une liberté formidable aux Clochards Célestes ! Les choses changent, les Célestins vont créer un festival d’émergence en fin de saison mais sans y associer les compagnies lyonnaises, c’est un peu dommage… Il manque à l’évidence une salle intermédiaire à Lyon pour être un tremplin de la jeune création. Ça viendra sans doute, je suis impatiente, ça ne fait qu’un an que je suis aux Clochards Célestes et c’est normal que ça demande un peu de temps…

Vous avez aussi travaillé avec la troupe de la Comédie-Française pour une Phèdre contemporaine. Quelle expérience en gardez-vous ?

C’était un bel apprentissage. Un tel outil nous oblige à radicaliser ce qu’on fait et à savoir tout de suite ce qu’on veut car tout le monde est prêt! Même si j’aime bien prendre le temps de cher- cher en répétitions. J’aime bien avoir du temps, pas seulement avec les acteurs, avec l’équipe de création aussi. Avoir du temps pour rêver même si je sais où je vais et ce que je cherche. Il s’agit pour moi d’impliquer tout le monde pour rendre les choses vraiment incarnées. J’aime bien le processus des rêves, et j’aime beaucoup avoir plein de projets très différents en même temps pour les laisser maturer. »

RIBEBBIA de Goliarda Sapienza. Mise en scène Louise Vignaud. Du mercredi 14 au vendredi 30 novembre à 20h30 au TNP à Villeurbanne (jeu 20h, dim 16h), petit théâtre salle Jean Bouise. De 14 à 25 €. tnp-villeurbanne.com

Propos recueillis par Luc Hernandez

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