Idles (+ John)

Le rock est un drôle de bestiau. Increvable mais condamné à vivre sa vie en cycles sisyphiens au cours desquels chaque épisode où il devient mainstream le conduit irrémédiablement à sa perte de sens et donc son rejet par le public et les artistes. Mais c’est quand il est le plus mal en point, au fond du trou, que les kids lui préfèrent la psytrance, que les ventes de séquenceurs dépassent celles des guitares, quand les festivals de musiques électroniques rassemblent dix fois plus de public que ceux de rock, qui eux-mêmes se mettent à programmer de la techno, du hip-hop, de la chanson et du r’n’b, bref, quand plus personne ne s’inquiète de sa vilaine gueule, au rock, eh bien c’est à ce moment-là, très précisément et à chaque fois, qu’il renait de ses cendres. Alors accrochez-vous mesdames et messieurs car le re re re « retour du rock » est programmé pour cette année, sous l’impulsion sublime d’Idles, quintette de Bristol dont le programme, aussi politique qu’artistique, peut se résumer par les titres de ses deux premiers albums : Brutalism et Joy as an Act of Resistance. À sa tête, Joe Talbot, 33 ans, est brutalement honnête. Alcoolique repenti, père d’une enfant morte à l’accouchement, fils d’une mère paralysée par une attaque lorsqu’il avait 16 ans et dont il s’est ensuite occupé jusqu’à sa mort, dire qu’il en a gros sur la patate est un euphémisme. Pas de pathos à l’horizon pour autant, ses textes tranchants transportent autant d’espoir et de force que de colère. Une catharsis magistrale, une thérapie déchirante, un vacarme étourdissant d’intelligence et de grâce.

 

Alexandre Queneau

 

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