L’Échange de Paul Claudel (première version 1894)

Après avoir joué les timides l’an passé, Christian Schiaretti lance une OPA sur le TNP pour sa dernière saison à la tête de l’institution avec une série de plusieurs créations d’affilée. Après La Voix humaine chantée et parlée, voici L’Échange de Claudel dans sa première version, beaucoup plus ancienne que la seconde (elle est écrite en 1894, l’autre ne le sera qu’en 1951). Deux couples de l’Ouest américain s’opposent dans une lutte des classes qui devient un combat de langues. Plateau nu, pluie transformée en sable, rouge feu en fond de scène et bleu marine pour figurer les éléments, le Carnage (qui n’aurait pas déplu à Polanski). Argent, sexe, pouvoir, ce Claudel juvénile file droit vers la sauvagerie du verbe à travers un quatuor d’acteurs au sommet. Passé notamment par le cinéma des Dardenne et déjà plusieurs fois par le théâtre de Schiaretti, Marc Zinga est un animal phénoménal, tandis que Louise Chevillotte complète ce premier couple, gardiens de l’immense propriété du couple suivant, légendaires comédiens de théâtre : Francine Bergé et Robin Renucci. L’art de la langue selon Renucci n’est plus à démontrer, diabolique en animal dominant manipulateur, et Francine Bergé, ancienne Liliane Bettencourt dans le Bettencourt Boulevard monté par Schiaretti au TNP, atteint le vertige dans la folie. Il y a du Tennessee Williams et du Qui a peur de Virginia Woolf dans ce Claudel américain, les conflits sociaux résonnant tout autant de ce côté-ci de l’Atlantique. Cet Échange est l’occasion de disputer des sujets brûlants comme l’exil, la propriété, le mépris de classe, la fougue de la jeunesse contre le cynisme de la maturité… Ce Claudel-là prend aux nerfs et n’a rien encore d’empesé. Âpre, tendu, cinglant, il est monté avec les armes pures du théâtre dans des lumières magnifiques, nous faisant retrouver la rage bouillonnante qu’on avait oubliée de l’auteur du Partage de midi.

 

L.H.

 

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