Rodelinda de Haendel

C’est un phénomène unique dans l’histoire de l’opéra : en moins de neuf mois, Haendel écrit à Londres trois opéras d’affilée qui vont s’avérer parmi ses plus grands succès et ses plus grandes oeuvres. Si Jules César et même Tamerlano, opéra fétiche pour Placido Domingo encore aujourd’hui, sont toujours célébrés, Rodelinda, composé d’une traite et créé le 13 février 1725, reste désormais moins connu. C’est pourtant un des plus beaux livrets de Haendel et son premier opéra à être repris au début du XXe siècle, une histoire de triangle amoureux et d’usurpateur au temps des Lombards et de Corneille, dans lequel trône une héroïne inflexible comme les aime Haendel, le plus féministe des compositeurs baroques. À l’époque, Haendel enchaîne ses trois opéras parce qu’il bénéficie d’une troupe de chanteurs permanente avec en vedette le castrat Senesino, à qui le compositeur imposera un des plus beaux airs de l’opéra Dove sei , jugé trop simple au goût de la star, et qui finira – comme souvent avec Haendel – comme un des tubes de son répertoire. Mais ce sont avant tout les femmes qui intéressent Haendel et pour le personnage de Rodelinda, il déploie toute la panoplie du bel canto, de l’air de colère au duo d’adieu, avec ce supplément d’âme du génie haendélien tenant à un sens imparable du théâtre et à la caractérisation des personnages. La scène où Bertarido, l’époux déchu de Rodelinda, voit sa femme et son fils pleurer sur sa propre tombe alors qu’il est obligé de rester caché tient du vaudeville gothique comme savait le construire l’époque baroque. La mise en scène voyeuriste de Claus Guth dans cette production a justement la bonne idée d’adopter le point de vue de l’enfant dans un décor unique tournant autour de la maison du couple, jusqu’à ce que les passions débordent. Entre un des plus beaux airs de traître jaloux du répertoire et le « duo tressé » comme aimait à les composer Haendel, Rodelinda reste une des meilleures occasions pour aborder ses opéras, d’autant qu’à la tête d’I Bollenti Spiriti – la version baroquisée de l’orchestre de l’Opéra de Lyon – Stefano Montanari ne risque pas de manquer de sensualité. Une redécouverte indispensable.

 

L.H.

 

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