Viva la Mamma de Gaetano Donizetti

Une jeune femme verrouille d’un bip les portières de sa Fiat 500 dans un parking souterrain… surplombé par les balcons d’un vieil opéra à l’italienne, vestige laissé à l’abandon. Quand la jeune femme aura quitté les lieux, une troupe de troubadours lyriques en herbe viendra envahir la scène pour répéter l’opéra de sa vie… et raviver tout ce petit monde perdu. Laurent Pelly a toujours pris la comédie au sérieux, débordant d’amour aussi bien pour les losers devant l’éternel que pour les codes des spectacles d’antan. Pour Viva la Mamma, il a pris la peine de reconstituer littéralement un opéra, le deuxième acte étant à l’origine quasiment inexistant. L’oeuvre de Donizetti a même gagné un surtitre depuis sa création à l’Opéra de Lyon la saison dernière : en substance, Les convenances et les inconvénients du théâtre. Bien vu pour cette parodie d’opéra, sorte de Capriccio détourné vers le comique. Pelly n’a pas son pareil pour faire naître le rire d’un détail au timing soigné, du souffleur dont la main dépasse de sa cage pour serrer la paluche du chanteur, aux chorégraphies minutieusement rythmées pour battre la mesure de cette musique Rossinienne en diable. Patrizia Ciofi, la plus modeste et la plus gentille des divas dans la vie, s’en donne à coeur joie pour jouer à la diva capricieuse aux petites gambettes bien énervées, la voix montée sur ressort quand il s’agit de se lancer dans des vocalises acrobatiques dignes de la Castafiore.

 

Travelo irrésistible

Jusqu’à une apparition dans tous les sens du mot : Laurent Naouri, grande gigue travestie comme le rôle le veut en Mamma Agata. Hors d’âge, hors de son registre vocal, parfois s’auto-parodiant en voix de tête, Pelly, qui est aussi costumier, lui a troussé une grande robe à motifs à la façon des Vamps pour détourner sa corpulence et prolonger sa silhouette longiligne… Classieuse et pathétique comme un travelo magnifique de dignité, sa Mamma est irrésistible. Mais surtout, Pelly parvient à rendre tout ce petit monde oublié de l’opéra on ne peut plus vivant pour un public d’aujourd’hui. Dans un décor désolé et habité comme une toile de Hopper en deuxième partie, la scène et la salle se rallument le temps d’un rêve improbable. Le violoncelle chante et annonce une résurgence plus mélancolique. Les revenants de l’art lyrique défilent avec de vieux costumes à freluches piochés dans de vrais habits d’anciennes productions d’opéras, ressuscités pour l’occasion. Jusqu’à ce que tout ce beau monde s’écroule dans une chute au sens strict qu’on vous laisse découvrir. Ce qui était déjà un divertissement parfait sans temps mort s’imprime en plus d’une véritable poésie de la réminiscence. C’est magnifique.

 

L.H.

 

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