Sortir à Lyon

Dans le cadre de la gentrification inéluctable du 7e, voici un izakaya. Comprenez, un « bistrot japonais ». On s’y est retrouvé à l’heure du déjeuner, baguettes en main, carte de sakés en guise d’éventail. L’environnement, sobre, élégant et chaleureux, les différents plats à base de riz, de nouilles soba ou udon, indiquent qu’on ne sentira pas la frite en sortant. Simple, basique, comme dirait le penseur Orelsan, mais incroyablement près de l’idée que l’on peut se faire d’une fontaine de Jouvence. Le sake no zuke don (filet de saumon mariné à cru au soja) posé sur un mamelon de riz, piqué de wasabi, oignon cébette et algue nori, sourit de sa propre franchise. La version « veggie » à base d’aubergine confite et d’un dashi de shitaké (bouillon de poisson aux champignons) tient de la même clarté. Mais il y a encore beaucoup plus intéressant le soir : des « petits plats à partager », comme on dit, pour traduire tapas, zakouski ou dînette pour adultes. Marée haute pour les rolls d’algues wakame au cœur de concombre, qui évoquent la fraîcheur océane et les saveurs d’une huître passée dans le règne végétal. Les gyozas (raviolis à la base croustillante) sont parmi les meilleurs de Lyon, avec ceux de chez Terra. Petites brochettes, omelette sauce ponzu, échine de cochon frite au panko, sashimi de saumon (du saumon, pas du gras peint en orange) et quelques autres amis du genre humain complètent cette liste qui postule pour la question : « Qu’est-ce que vous emporteriez sur une île déserte ? » Certes, le patron, le front ceint d’un bandeau, s’appelle Maximilien, et n’est guère plus crédible que Steven Seagal en kimono, mais il a une excuse : sa maman est japonaise. De façon plus prosaïque, ne manquez pas de visiter les commodités, où trônent de vraies toilettes japonaises, au sommet de la technologie du XXIe siècle. Vous vous y sentirez comme sur le mont Fuji.

François Mailhes