Sortir à Lyon
Partager cet article :

Brigitte Giraud et nos coups de cœur de la rentrée litté­raire

Brigitte Giraud, Carole Fives et Pierre Ducrozet sortent leurs nouveaux romans pour la rentrée littéraire.
Brigitte Giraud publie Vivre vite chez Flammarion.

On a lu les auteurs de la Région présents en cette rentrée litté­raire, et on en a choisi trois dont les livres sortent à partir du 17 août : Brigitte Giraud, Pierre Ducro­zet et Carole Fives. Avant que vous ne puis­siez les rencon­trer en librai­rie à la rentrée.

1. Brigitte Giraud : Vivre vite

Auto­bio­gra­phie. Dans le roman À Présent, sorti il y a plus de vingt ans, Brigitte Giraud racon­tait déjà le décès de son compa­gnon dans un acci­dent de moto survenu en 1999. Elle s’em­pare à nouveau de cet événe­ment tragique avec Vivre vite. Dans ce récit mani­fes­te­ment auto­bio­gra­phique, elle tisse une enquête qui revient sur l’en­chaî­ne­ment de causa­li­tés qui ont provoqué ce drame… en plon­geant au plus près des racines de la culpa­bi­lité. Avec cette ques­tion subsi­diaire à toute entre­prise de récit : « Et si…  » : « Si j’avais eu un télé­phone portable », « Si Claude n’avait pas pris la moto de mon frère »… A travers ces inter­ro­ga­tions, ce n’est pas tant l’ac­ci­dent que l’au­trice ausculte, mais les circons­tances aléa­toires, multiples et infi­nies qui gravitent autour. Jusqu’aux tour­ments de la narra­trice, ces gouffres intimes qui parsèment le chemin du deuil.

Douce France revu et corrigé par Carte de Séjour en 1987, le groupe de Rachid Taha auquel Brigitte Giraud fait réfé­rence dans son livre.

Le détail qui tue

Brigitte Giraud va même faire remon­ter le récit de l’ac­ci­dent jusqu’a­vant sa nais­sance. On voyage avec elle sur plusieurs décen­nies à travers un terri­toire fami­lier, mais en pleine évolu­tion : de l’en­fance dans la ZUP de Rilleux-la-Pape où l’au­trice croise Rachid Taha et les membres du groupe Carte de Séjour à la réno­va­tion d’un appar­te­ment croix-rous­sien et la gentri­fi­ca­tion du quar­tier à la fin du XXe siècle. On retrouve ici tout le talent d’une autrice dont la plume forme une pensée claire et tran­chante. Les sensa­tions traversent les multiples enchaî­ne­ments comme on imagine la douleur qui surgit au beau milieu de la nuit. Les mots ne font aucun détour malgré ces digres­sions qui retardent le dénoue­ment tragique. Les chapitres sont courts, ryth­més, économes. Brigitte Giraud embarque le lecteur avec elle avec une grande pudeur, sans tomber dans les dérives narcis­siques de l’au­to­fic­tion, mais pour livrer une émotion puis­sante et toujours conte­nue. Dans l’une des pages, la narra­trice fait cette confes­sion qui pour­rait bien résu­mer toute l’am­bi­tion du livre : « je traque du sens dans chaque détail ». Un rien devient un tout, dans lequel chaque lecteur pourra se retrou­ver. Fina­le­ment ce ne sont plus les causes de l’ac­ci­dent qui importent, mais l’in­fi­nité des récits qui ne sont jamais adve­nus.

Vivre Vite, de Brigitte Giraud (Flam­ma­rion, 20 €). En librai­rie le 24 août.

Rencontres à venir avec Brigitte Giraud :

Mardi 6 septembre à 19h à la librai­rie Passages, Lyon 2e. Entrée libre.

Jeudi 22 septembre à la Villa Gillet dans le cadre de la “Rentrée litté­raire Decitre” aux côtés de Béren­gère Cour­nut et Alain Maban­ckou. Gratuit sur réser­va­tion.

Jeudi 20 octobre à 18h30 à la librai­rie Descours, Lyon 2e. Entrée libre.

2. Carole Fives : Quelque chose à te dire

Thriller litté­raire. Elsa Feuillet adore Béatrice Blandy. On suit la première, une écri­vaine de seconde zone, qui admire la seconde, une autrice recon­nue qui vient de décé­der bruta­le­ment. Béatrice Blandy était tout ce qu’Elsa n’est pas : mysté­rieuse, recon­nue, mondaine. Un jour, Elsa reçoit une invi­ta­tion de la part du veuf de la grande écri­vaine. Petit à petit, elle tisse une rela­tion char­nelle avec lui et s’im­misce dans la vie passée de son idole – c’est le cas de le dire – quitte à déso­béir et à fouiller dans son ancien bureau… Que se passe-t-il lorsque la vie réelle et la vie fantas­mée se rejoignent ? Que cherche-t-elle à travers cette inti­mité ? Sur ce thème rebattu, Carole Fives construit un thril­ler litté­raire puis­sant en forme de jeu de miroir. De la même manière qu’il ne faut juger un livre à sa couver­ture, l’au­teur n’est peut-être pas celui que l’on imagi­ne…

Quelque chose à te dire de Carole Fives. Chez Galli­mard, 176 pages. 18 €. En librai­rie le 18 août.

3. Pierre Ducro­zet : Varia­tions de Paul

Odys­sée de musiques urbaines. Pierre Ducro­zet n’en a pas terminé de nous faire voya­ger. Avec son nouveau roman, l’au­teur-barou­deur-Lyon­nais dresse une magni­fique fresque sur la musique et l’in­time à travers le destin d’une famille sur plusieurs décen­nies : « Je voulais écrire l’his­toire du siècle à travers ses sons, des demi-teintes de Debussy au métal froid de Joy Divi­sion, des harmo­nies des Beatles à mitraille de Daft Punk. Un siècle de tonnerres et de chucho­te­ments qui défi­le­rait à travers le parcours de la famille de Paul  » explique-t-il. Pierre Ducro­zet décor­tique la petite musique de ses person­nages avec préci­sion. Les dialogues cise­lés tombent aussi juste que des riffs de guitare. On suit la famille de Paul dans Lyon à travers des notes de jazz embru­mées, puis à travers la scène élec­tro berli­noise ou encore les concerts under­ground new-yorkais des années 70. Il y a d’ailleurs quelque chose qui rappelle les écri­vains de la grosse pomme dans l’écri­ture. À la manière de Paul Auster, Pierre Ducro­zet parvient toujours à mettre l’in­time en équi­libre avec le désordre. Un beau morceau. 

Varia­tions de Paul, de Pierre Ducro­zet (Actes Sud, 464 pages. 22,90 €). En librai­rie le 17 août. Pierre Ducro­zet sera présent pour la rencontre inti­tu­lée Ecrire la ville aux côtés d’Anto­nio Soler, mercredi 28 septembre à 19h30 à la Villa Gillet, Lyon 4e. 5 €.