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Emma­nuelle Devos : « J’en ai ras le bol de faire des films tristes ! »

Rencontre. Figure singu­lière du cinéma français, comé­dienne à la classe folle et à la sensua­lité innée, Emma­nuelle Devos est à l’af­fiche ce mois de février de deux comé­dies signées par de jeunes réali­sa­teurs. Entre­tien à son image, frais et spon­tané.

Vous êtes à l’af­fiche de deux comé­dies, Les Parfums et Mes Jours de gloire dans lesquelles vous inter­pré­tez deux person­nages très diffé­rents. Comment avez-vous abordé leur mode comique ?

Emma­nuelle Devos : « Je n’ai pas eu grand chose à faire, la comé­die était déjà dans l’écri­ture. Ce sont les situa­tions qui m’ont aidée à me fondre dans le décor. On sent très bien pour chaque film la couleur que le réali­sa­teur a voulu donner. Pour Mes Jours de Gloire, le scéna­rio était axé très comé­die autour de Vincent Lacoste, alors que pour Les Parfums, il y a eu un gros travail en amont pour trou­ver le person­nage d’Anne Walberg, ne serait-ce qu’à cause de son métier de nez.

Qu’est-ce qui vous atti­rée pour jouer Anne Walberg, person­nage froid et distant, pas vrai­ment à l’aise dans ses rela­tions avec les autres ?

Il y a des points communs entre le métier d’ac­teur et celui de nez : ce sont deux profes­sions qui demandent de la concen­tra­tion et de la soli­tude. Comme elle, j’ai long­temps eu tendance à m’en­fer­mer dans mon métier, j’avais du mal à affron­ter le monde. Ce sont souvent les enfants qui sont comme ça… J’ai gardé ça de l’en­fance pendant assez long­temps.

Comment joue-t-on un person­nage qui passe par l’odo­rat ?

La mise en scène et la musique s’en chargent : quelqu’un qui est en train de sentir fait toujours la même tête ! Le person­nage d’Anne a l’ha­bi­tude de rentrer dans son col roulé pour sentir son odeur et « faire le blanc », comme disent les nez. C’est une façon de se proté­ger de tout.

Dans Mes Jours de gloire, vous jouez la mère de Vincent Lacoste. Vous étiez contente de le retrou­ver après avoir tourné à ses côtés dans Les Beaux gosses ?

Oui, c’est un excellent acteur, très drôle. Il est capable de tout jouer, de se glis­ser dans n’im­porte quelle filmo­gra­phie, que ce soit celle de Chris­tophe Honoré ou d’An­toine de Bary (réali­sa­teur de Mes jours de gloire, ndlr). Il est dans l’in­car­na­tion immé­diate, sans effort appa­rent, alors qu’il travaille beau­coup.

Vous avez été d’abord repé­rée chez Desple­chin, un cinéma plutôt intello, qu’est-ce qui vous a décidé à enchaî­ner ces deux comé­dies ?

Je ne pense pas avoir d’étiquette, on ne m’iden­ti­fie pas à un type de cinéma. On m’a souvent proposé des comé­dies que je refu­sais car l’écri­ture ne me corres­pon­dait pas. C’est une chose d’être cocasse, mais je n’ai pas la drôle­rie de Karine Viard ou de Valé­rie Lemer­cier. Même si j’ai de la fantai­sie, je ne peux être drôle qu’à certains endroits, si c’est vrai­ment écrit pour moi. Mais peut-être que dans dix ans, je ne ferai plus que des comé­dies ! J’en ai ras le bol de faire des films tristes, j’ai épuisé mon poten­tiel drama­tique. Je n’ai plus envie de me faire mal, de pleu­rer devant une caméra, sauf si c’est pour un grand réali­sa­teur.

Les Parfums est le second film de Grégory Magne et Mes Jours de Gloire est le premier long d’An­toine de Bary. Vous aimez tour­ner avec de jeunes réali­sa­teurs ?

C’est un hasard complet ! Peu m’im­porte que ce soit un premier ou un cinquième film. J’ai tourné avec des cinéastes débu­tants qui sont deve­nus des piliers du cinéma français comme Desple­chin, mais je n’ai jamais fait exprès de tour­ner avec de jeunes réali­sa­teurs : qui se ressemble s’as­semble. Je me consi­dère toujours comme une débu­tante. Avant chaque tour­nage, je me demande si le miracle va encore se produire.

Sur Insta­gram, vous aviez publié un post pour défendre le film d’Haf­sia Herzi, Tu mérites un amour, qui ne figure pas dans caté­go­rie Meilleur premier film des Césars. Vous trou­viez déjà l’Aca­dé­mie obso­lète ?

Depuis deux ans, j’ai arrêté de payer ma coti­sa­tion aux César, celle qui donne le droit de voter, car je ne veux plus donner d’argent à une insti­tu­tion dont je trouve le fonc­tion­ne­ment louche (l’in­ter­view a été réali­sée avant la démis­sion collec­tive des orga­ni­sa­teurs). Quand on voit les caté­go­ries dans lesquelles peuvent se retrou­ver certains films, c’est plus qu’é­tran­ge…

Vous êtes venue plusieurs fois à Lyon pour le Festi­val Lumiè­re…

J’adore vrai­ment la vie lyon­naise. Je viens ici pratique­ment tous les trois mois pour jouer aux Céles­tins ou au TNP, ou pour le festi­val Lumière. Il n’y a pas d’enjeux ni de compé­ti­tion, c’est formi­dable. On vient unique­ment pour le cinéma et parler des films. On se retrouve à dîner entre Donald Suther­land et Vincent Elbaz, on regarde un film avec Xavier Dolan et on fait un mâchon avec Matt Dillon et Keanu Reeves… C’est ça l’es­prit du cinéma. Si on a une baisse de régime en tant qu’ac­teur ou réali­sa­teur, il faut venir au festi­val Lumière ! Là, je sors de ma bulle de soli­tude ! »

Mes Jours de gloire, de Antoine de Bary (France, 1h39). Avec Vincent Lacoste, Emma­nuelle Devos, Chris­tophe Lambert… Sortie le 26 février. Bande-annonce << ici >>.

Les Parfums, de Grégory Magne (France, 1h40). Avec Emma­nuelle Devos, Grégory Montel, Gustave Kervern… Sortie prévue le 25 mars (repous­sée).

Propos recueillis par Caro­line Sicard début février 2020.

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