Sortir à Lyon
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Ameri­can Sniper à voir sur Netflix

Vous repren­drez bien un peu d’anti-terro­risme et de polé­mique mili­taire pour le premier mai ? Enten­dons-nous bien, à travers un des derniers et meilleurs films de Clint East­wood, Ameri­can Sniper, diffusé pour la première fois gratui­te­ment sur France 2 début mai, et désor­mais sur Netflix. Une analyse complexe et ambi­guë du héros améri­cain, du patrio­tisme et de l’ar­mée comme aime les faire le prix Lumière 2009… Voilà une révi­sion qui ne peut pas nous faire de mal à l’aune des débats et tribunes actuels dans notre cher pays la Fran­ce…

Brad­ley Cooper, barbe à la Chuck Norris

Toujours fidèle à son maître Don Siegel, East­wood mêle à la fois du cinéma d’ac­tion directe, brut de décof­frage – au prix de quelques effets de manche, certes – et un “héros” opaque, violent, amoral. Barbe à la Chuck Norris, Brad­ley Cooper campe Chris Kyle, le meilleur tireur d’élite qu’ait jamais connu l’ar­mée améri­caine, aussi robuste physique­ment qu’i­nac­ces­sible psycho­lo­gique­ment. Adapté de ses mémoires, le film oscille en quatre “tours” de guerre entre scènes de combats hyper-réalistes – presque insou­te­nables lorsque les enfants sont utili­sés comme piège de guerre – et des retours au pays d’un soldat dévasté. Destruc­tion psycho­lo­gique, “soif de mort” que lui repro­chera sa femme (Sienna Miller, lumi­neuse), horreur perma­nente des crimes de guerre sur le terrain, inef­fi­ca­cité de l’ar­mée améri­caine qui voit ses soldats déci­més par des barba­res… Si le person­nage reste ambigu dans ses moti­va­tions, Ameri­can Sniper n’est clai­re­ment pas le film va-t-en-guerre qu’ont voulu voir à l’époque des anti-améri­cains primaires qui résument Clint au Répu­bli­cain bourin qu’il n’est pas, oubliant de commen­cer par regar­der ses films…

East­wood et la culture des armes

Le film pose clai­re­ment ses enjeux dans une scène d’in­tro­duc­tion magis­trale : Chris Kyle n’hé­site pas à viser un enfant s’ap­prê­tant à lancer une bombe sur un char améri­cain (la scène est absente du livre, East­wood n’ayant rien voulu édul­co­rer). Mais au moment du tir, le réali­sa­teur choi­sit l’arme du flash­back, renvoyant au coup de feu du père de Chris, chas­seur texan, et à la culture des armes qu’il lui a inculquée lorsqu’il était petit. Il faut donc prendre ce film de guerre à longue portée pour ce qu’il est : une histoire de la violence, décon­tex­tua­li­sée (pas la moindre allu­sion géopo­li­tique pendant les faits), un auto­por­trait de l’Amé­rique par un simple soldat qui croit en elle comme “le plus grand pays du monde”, veut la défendre, fasciné par la violence et son apti­tude à tirer… mais tota­le­ment déphasé, aliéné par la guerre, les mains dans le sang, fantôme de lui-même quand il rentre chez lui. East­wood montre ces deux faces d’une même réalité en toute intel­li­gence et complexité. Une “Légende” pour les autres, mais un anti-héros pour lui-même…

Hommage à Ennio Morri­cone

Si la posi­tion du sniper, à la fois toujours à part et en même temps agis­sant au nom de sa commu­nauté, permet à East­wood de multi­plier les points de vue dans d’ex­tra­or­di­naires scènes de guerre jusqu’au mano a mano final, la conclu­sion, elle, reste impi­toyable. Chris Kyle mourra bête­ment juste après avoir raccro­ché, tué inci­dem­ment par un vété­ran mili­taire, comme un énième écho d’une violence qui n’en finit jamais, à l’image de ces (vrais) éclo­pés vété­rans addicts au point de conti­nuer à tirer un bras ou une jambe en moins. Les images d’ar­chives des funé­railles natio­nales au géné­rique de fin (sur une musique de Morri­cone) résonnent alors avec le goût amer et sans pitié des grands anti-héros east­woo­diens. Ceux qui creusent leurs propres tombes.

Bande annonce la sortie du film en 2015.

Ameri­can Sniper de Clint East­wood (2015, EU, 2h14) avec Brad­ley Cooper, Sienna Miller, Luke Grimes, Jason Dean Hall… A voir dimanche 2 mai à 21h sur France 2.

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