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Le Dernier duel de Ridley Scott

Ridley Scott s’at­tèle au dernier duel connu en France entre Jacques Le Gris et Jean de Carrouges en 1386, le second accu­sant le premier d’avoir violé sa jeune épouse, suite au témoi­gnage de celle-ci. Le maté­riau de départ est splen­dide, la maes­tria à recons­ti­tuer la France du Moyen-Âge aussi (on voit même Notre-Dame encore en construc­tion), tout comme les quelques scènes de bataille à l’épée initiales en forme de prologue. Vient alors la fausse bonne idée du film : emprun­ter le prin­cipe de narra­tion du Rashô­mon de Kuro­sawa et racon­ter la “vérité” de cette histoire à travers les trois points de vue succes­sifs des deux cheva­liers et de l’épouse humi­liée. Le propos fémi­niste (c’est Margue­rite qui détient la “vérité”) en écho à #MeToo ne souffre aucune ambi­guïté, tout comme la condam­na­tion du patriar­cat à travers deux héros mascu­lins pathé­tiques, l’un conju­gal, l’autre adul­té­rin (depuis Annette, Adam Driver ne semble plus jamais vouloir lais­ser une femme tranquille dans un film).

Matt Damon et Adam Driver, avant le liti­ge…

On aurait rêvé d’un écho aux Duel­listes, magni­fique premier film du réali­sa­teur. Mais le style depuis s’est épaissi (le duel final, bour­sou­flé, appa­raît à rebours du reste du film), et surtout la multi­pli­ca­tion et la dila­ta­tion des points de vues pour filmer trois fois les mêmes séquences apporte malheu­reu­se­ment plus de redon­dances que de varia­tions subjec­tives. Malgré son évident savoir-faire, le rythme du film en pâtit (2h30, 1h de gras par rapport aux Duel­listes), le propos aussi (la séquence de l’éta­lon, fran­che­ment lour­dingue, au cas où on n’au­rait pas compris la symbo­lique).

Un des plans de recons­ti­tu­tion de Notre-Dame dans Le Dernier Duel.

Papy Ridley a de beaux restes (on attend de voir son House of Gucci avec Adam Driver dès le 24 novembre), mais son cinéma s’est empâté. Restent deux beaux acteurs : Matt Damon en époux rustaud et condamné par ses origines sociales modestes, ressem­blant de plus en plus à Michael Lons­dale, barbe et cheveux longs, tout de viri­lité déca­tie ; et Adam Driver, toujours impé­rial de pres­tance pour jouer les ordures … Dommage que le rôle prin­ci­pal fémi­nin reste aussi trans­pa­rent à travers le jeu inerte de Comie Donner, jusqu’à un double final inutile. C’est l’autre grand déséqui­libre du film…


Le Dernier Duel de Ridley Scott (EU, 2h32) avec Matt Damon, Adam Driver, Jodie Comer, Ben Affleck (par ailleurs co-scéna­riste)… Sortie le 13 octobre.

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