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Maurice d’Ivory, le + beau film LGBT gratuit sur Arte

Prod DB © Merchant Ivory / DR MAURICE (MAURICE) de James Ivory 1987 GB avec James Wilby et Hugh Grant d'apres le roman de E.M Forster

C’est un des plus beaux films de James Ivory, et un film fonda­men­tal dans l’his­toire de l’ho­mo­sexua­lité au cinéma. Docu­men­ta­riste du passé en quelque sorte, avant d’être osca­risé pour l’adap­ta­tion au cinéma de Call Me by your name, Ivory signait avec sa trilo­gie consa­crée à E.M. Fors­ter parmi ses plus beaux films, avec son complice de toujours à la produc­tion, à la ville comme à l’écran, Ismaïl Merchant. Entre Chambre avec vue et Howards end, Maurice tient une place à part. D’abord parce qu’il s’agit d’un roman post­hume de Fors­ter, paru en France en 1973… soixante ans après son écri­ture, du fait de sa révé­la­tion homo­sexuelle. Ensuite parce qu’il s’agit du film le plus person­nel d’Ivory, portrait de l’af­fran­chis­se­ment d’un fils de bonne famille trou­vant sa propre voie par le libé­ra­lisme (il travaille à son compte) et ses amours pour un garde-chasse, après que l’objet de son désir (Hugh Grant dans son premier rôle, au faîte de sa beauté) ait renoncé à sa sexua­lité pour mieux embrayer les conven­tions de la poli­tique.

James Wilby et Rupert Graves dans Maurice de James Ivory.

Coming-out d’époque

Renon­ce­ment à être soi-même par confor­misme, hypo­cri­sie fami­liale, amour par-delà les barrières sociales, si Maurice est un grand film roman­tique, ce n’est pas seule­ment parce qu’il était au moment des années sida un des tout premiers films ayant pour thème l’ho­mo­sexua­lité à bien se termi­ner (on vous lais­sera le décou­vrir). Mais aussi parce qu’en plus de sa discrète ironie qui ouvre le film sur une plage où ont été oubliés sur le sable des dessins obscènes, il embrasse toute l’his­toire de l’ho­mo­sexua­lité à travers les amours de Clive et Maurice dans l’An­gle­terre victo­rienne de Cambridge : Oscar Wilde et les « Unspea­kables » (« Intou­chables« ), la pédé­ras­tie antique dans des cours savam­ment distil­lés, et la chasse aux sorcières dont les homo­sexuels ont été victimes à travers des scènes effroyables qui mènent jusqu’au procès et à la peine de mort. Derrière le clas­si­cisme sublimé de la photo de Pierre Lhomme, le chef opéra­teur de L’Ar­mée des ombres de Melville, Ivory est tout sauf un cinéaste acadé­mique : il donne à voir des person­nages invi­sibles du passé, margi­na­li­sés par une société du passé, pion­niers des luttes pour l’éman­ci­pa­tion et l’af­fir­ma­tion homo­sexuelles, combat­tant le puri­ta­nisme. En révé­lant en prime des comé­diens incon­nus, comme ici Hugh Grant, James Wilby ou Rupert Graves, irré­sis­tible garde-chasse canaille et amou­reux, amant d’une sorte de Lady Chat­ter­ley au mascu­lin. Une espèce de chef-d’oeuvre du genre.

La bande annonce d’époque en 1987.

Maurice de James Ivory, (1987, G-B, E-U, 2h20) avec James Wilby, Hugh, Grant, Rupert Graves, Simon Callow, Ben King­sley… En replay sur Arte.

Remer­cie­ments pour les photos au festi­val Ecrans mixtes, dont James Ivory fut l’in­vité d’hon­neur en 2019.

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