Sortir à Lyon
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Les Flan­drin et un festi­val d’ex­pos au MBA

Le musée des Beaux-Arts rouvre non pas avec une, mais un véri­table festi­val d’ex­pos… Une pépi­nière qu’on a pu visi­ter en avant-première, et qui fait la part belle aux artistes lyon­nais. Made in Lyon donc, la fratrie des Flan­drin, « artistes et frères« . Si Hippo­lyte reste le plus célèbre en ayant donné son nom à une rue à quelques enca­blures du musée, cette expo­si­tion sur “les Flan­drin”, la plus grande du musée, s’at­tache juste­ment à montrer l’oeuvre croi­sée et les colla­bo­ra­tions perma­nentes de ces trois élèves qu’Ingres consi­dé­rait comme ses propres fils. C’est d’abord l’aca­dé­mie du nu mascu­lin qui a rendu célèbre ces disciples et notam­ment le Jeune homme nu assis sur un rocher, au bord de la mer (ci-dessus), devenu para­doxa­le­ment une icône gay jusqu’à inspi­rer les photo­gra­phies de Robert Mapple­thorpe qu’on peut décou­vrir en fin de parcours.

Paul Flan­drin, Les bords du Rhône près de Vienne, 1855. (Lyon MBA, Alain Basset)

Para­doxa­le­ment, car même deve­nus maîtres de leur art, les Flan­drin se sont avant tout toujours compor­tés comme de grands élèves, répon­dant avec scru­pule à tous les genres conven­tion­nels : tableaux histo­riques (un peu), portraits intimes ou de condi­tion (beau­coup), ou paysages aux réfé­rences antiques dans une conti­nua­tion appliquée de l’art de la Renais­sance. L’in­té­rêt de cette expo­si­tion ambi­tieuse avec nombre d’oeuvres jusqu’ici peu ou pas expo­sées, réside juste­ment dans le fait de se dépar­tir de ne pas rester d’une linéa­rité par trop scolaire, pour mettre en valeur, au-delà du trip­tyque célèbre de nus mascu­lins signé Hippo­lyte, des aspects moins connus de l’oeuvre frater­nelle. Comme leur passion pour la photo­gra­phie et les débuts de la repro­duc­tion avec la litho­gra­phie, ou encore leurs évoca­tions bibliques jaillis­santes jusqu’aux grandes fresques peintes par Hippo­lyte pour l’église de Saint Germain des prés, qu’on peut décou­vrir presque en taille réelle dans une vidéo géante proje­tée sur trois murs vous trans­por­tant dans les hauteurs de l’édi­fice.

La salle de vidéo géante proje­tant les fresques déco­ra­tives réali­sées par Hippo­lyte Flan­drin pour l’église de Saint-Germain des Prés. (photo LH)
Bande annonce de l’ex­po­si­tion Les Flan­drin, artistes et frères au MBA.

Au milieu d’une scéno­gra­phie soignée jusqu’à la moquette rouge pour entrer dans la salle des portraits de société, un camaieu de bleus vous conduira jusqu’aux nombreux paysages de Paul Flan­drin. Une traver­sée du siècle en compa­gnie de l’aîné de la fratrie qui, contrai­re­ment à Auguste décédé bruta­le­ment à l’âge de 38 ans, vivra jusqu’à ses 91 ans en… 1902 ! Une longé­vité qui témoigne de tout un pan fina­le­ment méconnu de la pein­ture lyon­naise, peignant le senti­ment de la nature depuis le séjour idyl­lique que les trois frères auront eu le temps de faire ensemble un Italie, jusqu’à des tableaux du bord du Rhône ou de la Provence parti­cu­liè­re­ment inspi­rés.

Bouquet, street artiste made in Lyon

Louis Bouquet, Orphée char­mant les animaux, 1920 (Lyon MBA, Alain Basset).

Plus modeste en nombre d’oeuvres, l’ex­po­si­tion consa­crée à Louis Bouquet, le peintre de la fresque de la Grande poste place Belle­cour, n’en est pas moins une révé­la­tion. Rétros­pec­ti­ve­ment, ce peintre qui n’aura vécu que de commandes publiques à travers des oeuvres monu­men­tales peut être consi­déré comme un street artiste avant l’heure. Ses oeuvres de cheva­let, restées dans le cercle privé de la famille et échap­pant ainsi au marché de l’art, sont expo­sées pour la première fois, sans vernis sur la toile, juste­ment pour garder la texture rèche des pein­tures murales. Leur style art déco peut être vu aujourd’­hui comme une singu­lière moder­nité, que ce soit à travers les Animaux d’Or­phée qu’on jure­rait sortis d’un roman graphique ou le diptyque d’Adam et Eve, reli­sant les rapports homme-femme à l’aune d’un réalisme clinique inspiré par la tradi­tion alle­mande (Adam au pied-bot et varices dépassé par la puis­sance d’Eve, incar­née par la propre femme du peintre, psycha­na­lystes à vos divans).

Louis Bouquet, L’Afrique noire, étude, 1931.
(ADAGP, Musées de la ville de Boulogne-Billan­court, Philippe Fuzeau)

Les auto­por­traits de ce peintre mort à l’Île-Barbe (toutes ses oeuvres y sont aujourd’­hui regrou­pées) traduisent toute son inquié­tude. Mais c’est surtout l’ex­tra­or­di­naire salle consa­crée à L’Afrique noire qui montre toute l’ori­gi­na­lité du peintre, régé­né­rant son art occi­den­tal au contact de figures afri­caines, à commen­cer par une Vénus noire inso­lente trônant en majesté au-dessus de la lyre d’Or­phée. Vous n’irez plus jamais à la poste comme avant…

La céra­mique, tout feu, tout flamme

La céra­mique selon Gisèle Garric (photo Susie Waroude).

Toute aussi origi­nale, la toute première expo­si­tion que le musée des Beaux-Arts consacre à sa collec­tion de céra­mique contem­po­raines (lire aussi notre article dans notre numéro de mai). Un festi­val de formes géomé­trique ou orga­niques qui abou­tit dans une élégante pièce parée de noir de haut en bas, avec même des pièces de Gisèle Garric accro­chées… au plafond ! Ses plats natu­ra­listes, grouillants de serpents, tortues et autres char­mantes bestioles ainsi que de pieds et mains humains, s’ins­pirent direc­te­ment des plats de Bernard Palissy, écri­vain et céra­miste du XVIe siècle dont vous pour­rez même retrou­ver les oeuvres dans la collec­tion perma­nente du musée. Un parcours surpre­nant de bout en bout, qui, rassu­rez-vous, comprend aussi des tulipes et autres couleurs inof­fen­sives à vous en mettre plein les yeux.

Un nouveau Matisse pour la réou­ver­ture

Enfin, jamais à court d’idée, le musée des Beaux-Arts propose aussi de Nouvelles pers­pec­tives pour mettre en “dialogue” des oeuvres de la collec­tion perma­nente des XX et XXIe siècles autour d’ar­tistes inclas­sables “grands singu­liers en marge de l’his­toire linéaire de l’art” selon les mots de Sylvie Ramond, comme Etienne Martin, Erik Diet­man, René Duvillier ou encore un autre lyon­nais au paysages éton­nants, beau­coup plus modernes ceux-là, Pierre Montheillet. Mais le clou du spec­tacle pour la réou­ver­ture à voir dès le 19 mai, c’est le tout dernier tableau peint par Henri Matisse à l’âge de 81 ans, que le musée vient d’ac­qué­rir pour 4 800 000 euros, grâce à son club de mécènes du musée Saint-Pierre. Inspiré par sa passion pour la tradi­tion des arts isla­miques, Katia à la chemise jaune fait jaillir une dernière fois les couleurs dans l’uni­vers du peintre, abolis­sant les yeux et la bouche (mais pas les formes fémi­nines) pour mieux lais­ser l’ima­gi­naire enva­hir tota­le­ment la toile… “Ressus­cité” d’une opéra­tion réali­sée en urgence à Lyon à la clinique du Parc pendant la guerre, Matisse avait retrouvé la joie profonde de peindre. Il s’en souvien­dra en faisant don régu­liè­re­ment de ses dessins tirés de son album Jazz au musée. Cette Katia aux couleurs explo­sives comme une vie retrou­vée termi­nait le parcours de la très belle expo­si­tion Matisse, un labo­ra­toire inté­rieur du musée des Beaux-Arts en 2017. La voici main­te­nant comme un soleil entrant dans les collec­tions modernes. La joie est commu­ni­ca­tive.

Paul Flan­drin, Les Gorges de l’At­las (1843).

Les nouvelles expos du Musée des Beaux-arts de Lyon, Lyon 1er. Du mercredi au lundi de 10h à 18h, le vendredi de 10h30 à 18h. De 4 à 8€. Réser­ver votre place.

L’Odys­sée moderne de Louis Bouquet, jusqu’au 29 août 2021.

Les Flan­drin, artistes et frères, jusqu’au 5 septembre 2021.

Par le feu, la couleur – céra­miques contem­po­raines. Jusqu’au 27 février 2022.

Henri Matisse, Katia à la chemise jaune, nouvelle acqui­si­tion du musée expo­sée dans le cadre du parcours Nouvelles pers­pec­tives, jusqu’au 7 mars 2022.

Louis Bouquet, Auto­por­trait au papier peint, vers 1918.
(ADAGP, Lyon MBA, Martial Coude­rette)

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