Sortir à Lyon
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Etienne Gaudillère : « Les dialogues de cinéma sont très inté­res­sants au théâtre »

Rentrée cultu­relle. Asso­cié à la nouvelle équipe du théâtre du Point du jour, Etienne Gaudillère monte un des projets les plus origi­naux de la rentrée : Elle et lui, du théâtre en appar­te­ment composé à partir de dialogues de cinéma. Vous pouvez même l’in­vi­ter dans votre cuisine pour jouer !

Vous reve­nez avec une nouvelle pièce, Elle et lui, une histoire d’amour faite exclu­si­ve­ment de scènes issues du cinéma. Comment avez-vous procédé ?

Etienne Gaudillère : « Elle et lui est en fait extrait de Cannes trente-neuf quatre-vingt-dix que j’ai créé avant l’été. L’idée est de recréer une histoire d’amour unique­ment avec des dialogues issus de films, cultes ou pas d’ailleurs. Il s’agit de donner vie à une aven­ture nouvelle avec plusieurs histoires univer­selles, et de permettre aux spec­ta­teurs à la fois de s’amu­ser des cita­tions s’ils recon­naissent les films, mais de faire aussi davan­tage qu’une succes­sion de scènes de cinéma. Nous avons passé beau­coup de termps à regar­der cent vingt extraits de films, puis j’ai fait le montage cet été. Les dialogues du cinéma sont très inté­res­sants à étudier pour nous : par exemple, dans les comé­dies anglaises comme Love Actually, les dialogues sont très courts et donc peu utili­sables pour le théâtre. À l’in­verse, certains films comme Mon Roi, ou La maman et la putain sont des mines d’or ! Il faut que le texte tienne la route, alors on cherche des films avec de la matière … ça va des Liai­sons dange­reuses à Wong Kar Wai en passant par la nouvelle scène. Tous les dialogues seront issus de films, il y aura peut-être seule­ment une scène qui n’existe pas au cinéma.

Comment faire du théâtre en appar­te­ment ?

C’est la première fois que j’en fais. On est direc­te­ment plon­gés dans l’in­ti­mité d’un lieu, et je suis très curieux de voir la proxi­mité avec le public. Il n’y aura pas d’autre décor, il va falloir jouer avec ce qu’il y a sur place, adap­ter les dépla­ce­ments … La seule contrainte que j’ai impo­sée, c’est d’avoir des cuisines ouvertes et visibles. La cuisine amène de la vie, de l’ac­tion et du réalisme dans les dialogues.

Vous vous êtes fait connaître avec Pale Blue Dot écrit à partir de l’af­faire Wiki­leaks, aujourd’­hui on vous retrouve dans une pièce à la théma­tique tota­le­ment diffé­rente. Aviez-vous besoin d’un peu de légè­reté ?

C’est vrai que Elle et Lui n’a pas de prisme poli­tique, mais le sujet n’est pas léger. Les ruptures amou­reuses, ce n’est pas léger… Tout est poli­tique : ce que l’on pense, la façon dont on s’ha­bille, même notre sexua­lité sont des produits de la collec­ti­vité. Je suis fasciné par la façon dont la mode et son évolu­tion recoupent les grandes tendances socié­tales. Je pense que le théâtre peut faire prendre conscience de ça. Mon théâtre est poli­tique, comme beau­coup, mais pas mili­tant, car je refuse tout mani­chéisme. Sur l’en­ga­ge­ment, j’ai l’im­pres­sion que le théâtre peut montrer ce qui devrait chan­ger, et que cela a une influence sur l’in­cons­cient. Je ne suis jamais sorti d’une pièce en me disant : « Ca y est, je m’en­carte ! » Mais le théâtre est fonda­men­ta­le­ment poli­tique parce qu’il reflète la société actuelle et amène un certain recul sur les choses, une focale plus large sur les ques­tions de société. C’est ce qui fait sa force par rapport à la culture du zapping.

La program­ma­tion du théâtre à Lyon est souvent targuée d’être rela­ti­ve­ment clas­sique. Qu’en pensez-vous ?

Je pense que la fron­tière entre clas­sique et contem­po­rain n’existe pas vrai­ment. On peut avoir un texte dit clas­sique monté de manière contem­po­raine, et inver­se­ment. Ce qui est inté­res­sant, avec les formes plus légères comme le théâtre en appar­te­ment, c’est d’in­clure les spec­ta­teurs dans l’his­toire. Ils font partie de la compa­gnie, c’est très précieux, et cela permet aussi de décen­tra­li­ser le théâtre. Même si ce n’est pas un spec­tacle parti­ci­pa­tif, j’ai le senti­ment de mettre le spec­ta­teur dans sa posi­tion de spec­ta­teur. Il y a même un petit côté voyeur, comme si on regar­dait ce qu’il se passait chez les voisins. C’est assez exci­tant ! »

Propos recueillis par Nelly Pailleux

Elle et lui, scènes mythiques du cinéma dans l’in­ti­mité d’ap­par­te­ments. Ecrit et mis en scène par Etienne Gaudillère, avec Clément Lefebvre et Leïla Brahimi. Du vendredi 20 au mercredi 25 septembre à 20h, dans diffé­rents appar­te­ments du 5e aron­dis­se­ment. Pour parti­ci­per ou accueillir le spec­tacle : par mail terri­toi­[email protected]­point­dujour­theatre.fr ou par télé­phone 04 78 25 27 59

Et aussi :

  • Cannes Trente-neuf Quatre-vingt dix par Etienne Gaudillère et la compa­gnie Y.

Mercredi 2 octobre à 19h30 et jeudi 3 octobre à 20h30 au théâtre de Ville­franche. De 15 à 25 €. thea­tre­de­vil­le­franche.com

Mardi 15 octobre à 19h30 au théâtre La Mouche à Saint-Genis Laval. De 12 à 24 €. la-mouche.fr

  • Pale Blue dot, une histoire de Wiki­leaks d’Etienne Gaudillère.Du mardi 12 au jeudi 14 mai 2020 au théâtre du Point du jour, Lyon 5. De 13 à 18 €. point­dujour­theatre.fr

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