Sortir à Lyon
Partager cet article :

On a adoré Le Suicidé, le grand spec­tacle de la rentrée de Jean Bello­rini au TNP

François Deblock en slip blanc dans Le Suicidé, vaudeville soviétique de Jean Bellorini.
François Deblock, vrai-faux Suicidé harcelé par toute une société soviétique...

Vous pouvez le voir en avant-première au TNP à Villeur­banne. Le Suicidé, « vaude­ville sovié­tique » de Nico­laï Erdman est une satire tragi-comique russe dont Jean Bello­rini livre un grand spec­tacle, comé­die musi­cale ryth­mée et drôlis­sime d’hier qui claque comme une radio­gra­phie poli­tique d’aujourd’­hui. Magni­fique !

Le drôle de “suicidé” de ce “vaude­ville sovié­tique”, c’est un jeune homme que tout le monde croit mort ou sur le point de mourir, alors qu’en précaire de son temps, il n’est atta­ché qu’à une seule chose : vivre, et aimer sa belle dulci­née… Son temps, c’est celui de 1928 et de l’in­ter­dic­tion de cette grande oeuvre contes­ta­taire de la culture russe (elle n’a pas pu être jouée avant 1978 en URSS et Nico­laï Erdman est mort en 1970). Mais c’est aussi le temps de la vita­lité des jeunes russes d’aujourd’­hui écra­sée par la “guerre”, cette “guerre” dont Nico­laï Erdman livre un réqui­si­toire sans pareil dans un mono­logue final d’il y a bien­tôt cent ans alors qu’on pour­rait croire qu’il vient de l’écrire hier. Jean Bello­rini met en scène sa tragique actua­lité dans une dernière vidéo esto­maquante qu’on vous lais­sera décou­vrir.

La troupe de Jean Bellorini dans les costumes de Macha Makeïeff pour La Suicidé, vaudevielle soviétique au TNP à Villeurbanne.
Les merveilleux costumes de Macha Makeïeff pour Le Suicidé de Jean Bello­rini.

Une BD du régime stali­nien en forme de comé­die musi­cale

Mais cette vraie tragé­die et aussi et surtout dans sa forme une pure comé­die déses­pé­rée en forme de course à l’abîme. Le public rit sans cesse des échap­pées surréa­listes de cet anti-héros naïf en slip blanc harcelé par la “conscience sociale” de l’in­tel­li­gent­sia (extra­or­di­naire Damien Zanoly en commis­saire absurde du régime). Dans la vision joyeuse et lucide de Jean Bello­rini, la farce est même une comé­die musi­cale dans laquelle les comé­diens sont aussi chan­teurs et musi­ciens (on retrouve l’es­sen­tiel de la troupe fidèle du Jeu des ombres, la précé­dente créa­tion de Bello­rini pour le TNP). On chante au banquet, danse le pas de deux avec un héli­con ou livre une version live sublime du Creep de Radio­head comme un appel déses­péré vers la liberté occi­den­tale dans ce qui restera pour nous un des grands moments de théâtre de la saison. Les costumes de Macha Makeïeff (qui rappellent Moscou quar­tier des Cerises, la comé­die musi­cale de Chos­ta­ko­vitch qu’elle avait montée à l’Opéra de Lyon) apportent une merveille graphique à cette espèce de BD du régime stali­nien et la traduc­tion de Marko­wicz toute la théâ­tra­lité de cette langue typique aux dialogues impayables : “ce qu’un vivant pense, seul un mort peut le dire !”.

François Deblock et la troupe de Jean Bellorini au TNP à Villeurbanne dans Le Suicidé.
François Deblock, acteur-poète dans la vision chan­tée et dansée de Jean Bello­rini.

François Deblock, acteur-poète de haut vol

Dans une scéno­gra­phie splen­dide, Jean Bello­rini parvient surtout à faire de ce chef-d’oeuvre aux ruptures de ton perma­nentes typique de la culture russe, un récit fluide et parfai­te­ment rythmé à travers diffé­rents niveaux de réalité. Jusqu’au complot qui s’or­chestre en coulisses dans les images vidéos, ou les vraies-fausses funé­railles d’un défunt fictif qui n’avait rien demandé, que de trou­ver sa place dans la société. A ce jeu tragi-comique, François Deblock est un acteur-poète de haut vol, physique d’al­lu­mette à l’éton­ne­ment naïf qui ne se dépar­tit jamais de la gravité du régime qui l’op­presse, et le condamne à la soli­tude au milieu des autres. Un grand spec­tacle, aussi drôle que poli­tique, chef-d’œuvre d’hier et radio­gra­phie d’aujourd’­hui. La plus belle raison d’être du théâtre.


Le Suicidé, vaude­ville sovié­tique, de Nico­laï Erdman. Mise en scène Jean Bello­rini. Du vendredi 6 au vendredi 20 janvier à 20h (dim 15h30) au TNP à Villeur­banne, grande salle Roger Plan­chon (2h15). De 14 à 25 €.

Le banquet de la troupe du TNP dans Le Suicidé, vaudeville soviétique de Nicolaï Erdman.
Le banquet du Suicidé de Nico­laï Erdman vu par Jean Bello­rini. (photos J.P. Pari­sot)

Les Faux British, le spec­tacle le plus drôle des vacances

[mis à jour 04/02/23] C'est aussi fou que les Monty Python ou qu'un Agatha Christie qui partirait en impro totale. Absurde et jubilatoire, Les Faux British est la comédie la plus drôle des vacances, à déguster à la Comédie Odéon. Imaginez sept comédiens amateurs qui détruis...

Avec Laura Felpin, ça passe crème

En voilà une qui a contribué à rendre le confinement nettement plus supportable. Sur Instagram en 2020, Laura Felpin s'affuble chaque semaine d'irrésistibles trognes d'influenceuses, de psychologues contrariées, de voisines pénibles ou de hippies complotistes en sarouel. Les vidé...

Siva­dier signe un Othello impres­sion­nant et émou­vant

Jean-François Sivadier signe une lecture maîtresse et finement politique d'Othello, le Maure de Venise de Shakespeare, en offrant, en plus du Iago horrible de Nicolas Bouchaud, un cadeau à un grand acteur : Adama Diop dans le rôle titre. C'est la pièce la plus simple de Shakes...