On ne va pas vous décrire caméra à l’épaule la terrasse de la Maison Nô. Car le jour où nous y avons déjeuné, il pleu­vait des châteaux d’eau. Mais on garde plusieurs souve­nirs enso­leillés de l’es­pace que cet hôtel de luxe appelle géné­reu­se­ment un « roof top ». En réalité, ce nid d’aigle unique, au dernier étage d’un immeuble du 1er arron­dis­se­ment, est plutôt une terrasse en L. Elle offre une vue inédite sur une partie des pentes, l’Opéra et la Part-Dieu. Voilà pour l’as­pect roi du monde de Lyon.

L’in­té­rieur du nid, sobre, moderne, béné­fi­cie de grandes baies vitrées. Cela ressemble assez à l’idée d’une cantine pour cadres de banque. D’ailleurs, une tablée en costume-cravate (cela fait toujours rire les télé­tra­vailleurs en pyjama) semblait vali­der notre analyse empi­rique. On connaît la terrasse parce que plusieurs chefs se sont succédé à la maison Nô, susci­tant autant de chro­niques.

Maison Nô, autant de chefs que de cuisine

Maison Nô, un coin de para­dis.

On y a mangé des travers de porcs sauce barbe­cue avec un chef inspiré par l’ Austra­lie, un saumon grav­lax/ crème combava préparé par un autre chef, plus clas­sique. Benja­min Cape­lier, qui vient d’ar­ri­ver, est la meilleure version. Ainsi, sa réin­ter­pré­ta­tion enthou­siaste des petits pois au lard, plat délaissé de la cuisine du temps de la télé en noir et blanc.

Les petits pois, très frais, croquent légè­re­ment sous la dent dans cette tension et cette réten­tion de saveurs qu’ap­portent une texture entre le cru et le cuit. Il y a au milieu un œuf basse tempé­ra­ture pour appor­ter du liant quand on l’ex­plose, des petits croû­tons et des lardons de papada, qui n’est pas du Aya Naka­mura dans le texte, mais de la gorge de cochon ibérique.

Maison Nô, une cuisine pas en vin…

Des pousses de petits pois ajoutent encore à l’am­biance, ainsi qu’une sauce très petit pois idéa­le­ment vinai­grée. Cette acidité du vinaigre qui change de l’im­pé­ria­lisme actuel du citron sur la jeune cuisine se retrouve dans une entrée d’as­perges vertes tronçon­nées par un maniaque dans une mous­se­line qui pour­rait servir d’oreiller chez les Wind­sor. Notre cabillaud habillé de langous­tines, purée fine et petits cubes de céleri, coiffé de sali­corne se déta­chait en parfaits pétales. Poulet multi-légumes aux goûts denses et agréables petits desserts (fraise, vanille, petits pois les revoilà) au joli stylisme complé­taient ce bon moment de cuisine à renou­ve­ler le soir, où l’on retrouve de l’as­perge et de la langous­tine.

La note est de 3 à cause d’une carte des vins aussi étique qu’o­né­reuse, mais la cuisine en vaut 4. Mais ce n’est que provi­soire, le chef vient d’ar­ri­ver avec l’idée de tout faire évoluer (pour la météo ce serait bien aussi).

Maison Nô. 11 rue du Bât d’Argent, Lyon 1er. 04 81 13 21 90. Fermé dimanche et lundi. Formule : 26 euros (midi). Menus : 32 euros (midi). Soir à la carte : comp­ter 60 euros. Saint-joseph La Dame, domaine de la Favière 2022 : 50 euros (qui met du temps à s’ou­vrir).