C’est une grande actrice qui conti­nue de soute­nir des « petits films », en ce qui concerne le budget. Karin Viard est Madame de Sévi­gné pour Isabelle Brocard, qui a osé dépous­sié­rer la mondaine à laquelle on limite trop souvent la marquise. On sent parfois la fragi­lité d’une recons­ti­tu­tion d’époque fauchée dans cette Madame de Sévi­gné, mais l’es­sen­tiel est ailleurs.

Dans la moder­nité pion­nière d’une femme qui a dû impo­ser son indé­pen­dance face aux vieilles tradi­tions patriar­cales, deve­nue veuve très jeune. Mais aussi dans l’éman­ci­pa­tion de sa fille vis-à-vis de cette mère étouf­fante, parfois jusqu’à la folie obses­sion­nelle. Fille deve­nue mère à son tour, traver­sant plusieurs périodes de la vie, Ana Girar­dot, en totale compli­cité avec sa parte­naire, trouve ici un de ses plus beaux rôles. Bonne nouvelle, la gent mascu­line n’y est pas cari­ca­tu­rée<<, encore moins à travers le jeu très moderne de Cédric Kahn.

Ana Girar­dot, superbe Madame de Grignan.

Ana Girar­dot, la fille qui défie Madame de Sévi­gné

Avec peu de moyens donc, Isabelle Brocard réus­sit à faire naître cette rela­tion singu­lière et conflic­tuelle de l’amour (un peu) d’une mère pour sa fille. Magni­fique en Madame de Lafayette, c’est Noémie Lvovsky qui lui dira toute sa vérité dans un texte splen­dide : « Vous êtes la personne la plus forte que je connaisse mais vous êtes aussi la plus égarée. C’est l’ex­cès de votre affec­tion qui indis­pose madame de Grignan votre fille, vous ne savez plus l’ai­mer, vous êtes simple­ment obsé­dée.« 

Madame de Sévi­gné est avant tout l’his­toire de cet amour filial contra­rié, conju­guant à la fois la dimen­sion d’une langue clas­sique éter­nelle et la vérité des senti­ments. A ce jeu-là, Karin Viard et Ana Girar­dot sont un des plus beaux couples de cinéma qu’on ait vus depuis long­temps, négo­ciant affec­tion et éman­ci­pa­tion tour à tour sans jamais verser dans l’hys­té­rie. Malgré les limites d’un film d’époque « petit bras« , Madame de Sévi­gné vaut avant tout pour la rela­tion de ces deux grandes actrices aussi instinc­tives qu’in­tel­li­gentes.

Le tour­nage sur les lieux réels du château de Grignan et la présence de la nature achèvent de rendre ces person­nages encore plus vivants pour un public d’aujourd’­hui. Jusqu’au Corpus Christi Carol de Jeff Buck­ley au géné­rique de fin.

Madame de Sévi­gné d’Isa­belle Brocard (Fr, 1h32) avec Karin Viard, Ana Girar­dot, Cédric Kahn, Noémie Lvovsky, Robin Renucci, Cyrille Maires­se… Sortie le 28 février.