Il y a tout ce qu’on aime chez Macha Makéïeff dans son Dom Juan : l’élé­gance faus­se­ment clas­sique des décors et costumes, un humour popu­laire joyeu­se­ment mis en scène dans des numé­ros d’ac­teurs et un hommage aux comé­dies ballets de Molière avec clave­cin et mezzo sur scène, et une bande musi­cale à tomber, des Lemon Twigs inat­ten­dus en ouver­ture à Philip Glass, en passant par la chan­son de la Comtesse dans La Dame de pique, cita­tion de Guétry, compo­si­teur au temps de Molière.

Gravité de Dom Juan et Sgana­relle

Vincent Winte­rhal­ter et Xavier Gallais, Sgana­relle et Dom Juan planqués dans leur château. (photos Juliette Pari­sot)

Il y a tout ce qu’on aime de la comé­die sur scène et un propos plus grave qu’à l’ac­cou­tu­mée qui va avec la fidé­lité à un texte d’une moder­nité fémi­niste désar­mante, évoquant nommé­ment l’em­prise, les abus sexuels et la domi­na­tion sociale mascu­line. De ce point de vue-là, le couple Dom Juan / Sgana­relle, tous deux d’âge mûr, atteint une gravité parti­cu­lière. Le valet est parti­cu­liè­re­ment inquiet de la lâcheté crimi­nelle de son maître. Tandis que le seigneur du château (décor unique) navigue entre croyances frela­tées et mauvaise foi pour mieux sévir en coquin infa­tué, tout de noir vêtu. « L’im­pos­ture est respec­tée. L’hy­po­cri­sie ferme la bouche à tout le monde et jouit d’un pouvoir suprême.« 

Macha Makéïeff du Tartuffe à Dom Juan

Le souper. (photos Juliette Pari­sot)

Ce Dom Juan est bien le frère de corrup­tion du Tartuffe que Macha Makéïeff avait monté avec le même Xavier Gallais, impé­né­trable. Un préda­teur déjà usé mais encore sévis­sant, plus par désoeu­vre­ment que par sa capa­cité à jouir sans limite. Et comme dans Tartuffe, c’est par la langue phéno­mé­nale de Molière que la satire passe, effroya­ble­ment poli­tique. De ce point de vue-là, la belle trou­vaille qu’on ne révé­lera pas en guise de statue du Comman­deur fait tout aussi mouche… Un diver­tis­se­ment profond et intel­li­gent comme les aime Macha Makéïeff, au service d’un texte qui conti­nue de nous faire passer les 2h30 comme un éclair.

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