Sortir à Lyon
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On a vu l’ex­po­si­tion Pous­sin et l’amour, un nouveau regard érotique sur son oeuvre

Vénus épiée par deux satyres, tableau de Nicolas Poussin.
La main scandaleuse dans Vénus épiée par deux satyres de Nicolas Poussin (vers 1626).

Conçue avec le Musée du Louvre, l’ex­po­si­tion Pous­sin et l’amour au musée des Beaux-Arts de Lyon jette un regard neuf sur l’œuvre de Pous­sin, à travers une quaran­taine d’œuvres rares ou inédites, en plus des chefs-d’œuvre du corps fémi­nin érotisé du XVIIe siècle. Immanquable.

On igno­rait qu’il était possible de jeter un regard neuf sur l’oeuvre de Nico­las Pous­sin (1594–1665). «  Le plus grand peintre français du XVIIeme siècle  » selon les commis­saires d’ex­po­si­tion, pour­tant large­ment décrypté, docu­menté, piedes­ta­lisé, a laissé l’image d’un mono­lithe de clas­si­cisme vertueux. Son génie est ciselé, remarquable, mais ses théma­tiques récur­rentes peuvent présen­ter un aspect plom­bant pour nos contem­po­rains. Les grandes scènes de bataille (L’En­lè­ve­ment des Sabines), l’his­toire reli­gieuse (Le Passage de la mer rouge) et son inlas­sable explo­ra­tion de la mytho­lo­gie antique en grandes fresques de plein air remplies de person­nages, inspi­rée notam­ment des œuvres d’Ovide, inspirent un senti­ment de virtuo­sité pictu­rale et archi­tec­tu­rale éthé­rée. On ne compte plus les person­nages tendant leur bras et leurs yeux vers le ciel dans des postures expres­sion­nistes que n’au­rait pas reniées le cinéma muet. Art philo­so­phique, érudi­tion datée… Et pour­tant, on (re)découvre qu’il y a de la chair chez Pous­sin, et que l’Amour consti­tue aussi un thème central. La première partie de l’ex­po­si­tion, double présente de façon unique et régé­né­rée une série de toiles issues de diffé­rents musées répon­dant à cette théma­tique.

Acis et Galatée, peinture de Niclas Poussin
Nico­las Pous­sin, Acis et Gala­tée (1627–1628, @ Natio­nal Gallery of Ireland, Dublin).

Le corps fémi­nin érotisé par des chairs vibrantes

Le tableau d’ou­ver­ture, son premier tableau connu, flatte notre rapport local déjà établi avec le peintre (deux récentes acqui­si­tions par le musée). La Mort de Chioné a été peinte à Lyon vers 1622 répon­dant à la commande d’un soyeux. La volupté, les formes rondes et le pubis très évoca­teur de la pauvre Chioné terras­sée par une flèche dans la bouche (sic) laissent peu de doutes sur les pulsions char­nelles de l’au­teur (il a 28 ans), dont on sait qu’il fut soigné pour une mala­die véné­rienne avant de se marier. Au détour d’une série flam­boyante de chefs-d’œuvre, compo­sés pour bonne part de scènes de baccha­nales dans l’uni­vers pasto­ral de la mythique Arca­die, on oublie vite les chevriers, les flopées d’Amours (ange­lots), les forêts et les pâtu­rages pour consta­ter que le peintre a consa­cré l’Amour idéal à travers le corps fémi­nin érotisé par des chairs vibrantes. Et plus encore. La main de Vénus épiée par deux satyres (vers 1626), paraît de prime abord posée pudique­ment sur son entrejambe. Elle est en réalité une scène expli­cite d’ona­nisme. Le spec­ta­teur est ramené au rôle gênant des faunes lubriques. On n’est pas loin du camp natu­riste du Cap d’Agde, sans la mer. La rencontre impro­bable entre Pous­sin et Picasso, qui occupe l’étage supé­rieur en deuxième partie, rappelle que Picasso ne peignait pas que des femmes en cube. Il avait notam­ment été inspiré par le maître français du XVIIe, jusqu’à repro­duire une de ses œuvres. Cette autre colli­sion ou conjonc­tion brillante entre Pous­sin et un univers méconnu est assez dense pour faire l’objet d’un article à venir. F.M.

Pous­sin et l’amour et Picasso / Pous­sin / Baccha­nales. Jusqu’au 5 mars 2023 au Musée des Beaux-Arts, Lyon 1er. Du mercredi au lundi de 10h à 18h, le vendredi de 10h30 à 18h. 8 €. Nocturne en musique avec le Concert de l’Hos­tel-Dieu vendredi 2 décembre de 18h à 22h.

Midas devant Bacchus, huile sur toile de Nicolas Poussin.
Nico­las Pous­sin, Midas devant Bacchus, vers 1624. (Munich, Alte Pina­ko­thek. Photo © BPK)

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