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Décou­vrez L’Enigme auto­di­dacte, la plus grande expo des vacances

L'Enigme autodidacte, la nouvelle exposition du MAMC à Saint-Etienne.
Bodys Isek Kingelez, Palais Hiroshima, 1991.

Le Musée d’art contem­po­rain de Saint-Étienne pose une redou­table ques­tion à travers plus de 200 œuvres de 44 artistes sur 1 000 m². C’est aussi grand que le sujet est vaste. Qu’est-ce qui relie cette caté­go­rie d’ar­tistes que l’on quali­fie d’au­to­di­dactes ? Évidem­ment, on pense immé­dia­te­ment à ces créa­teurs à la marge, qui ont produit des œuvres sans jamais avoir vrai­ment appro­ché le monde de la culture ni jamais mis les pieds dans une école d’art. Ceux-là, qui ont été remi­sés dans la case « art brut » comme le facteur Joseph Ferdi­nand Cheval (1879–1912). Tout au long de sa carrière dans les services postaux du petit village de Haute­rives, il a accu­mulé des pierres avec une brouette pour consti­tuer son « Palais idéal » inspiré de cartes postales. Son Versailles à lui, en version timbre poste. La repro­duc­tion en trois dimen­sions de cet impres­sion­nant panthéon aux visées univer­sa­listes (une mosquée coha­bite avec une église et des dieux égyp­tiens) occupe le centre d’une des salles en offrant un nouveau regard assez jubi­la­toire. Comme si vous étiez un drone.

L’art hors-piste : le Facteur Cheval et les artistes auto­di­dactes
Une photo d’ac­ci­dent de la route du poli­cier Suisse Arnold Oder­matt !1965).

Mais la commis­saire d’ex­po­si­tion Char­lotte Laubard est allée beau­coup plus loin, en adjoi­gnant à ces person­na­li­tés hors-piste, éloi­gnées des remon­tées méca­niques de l’art contem­po­rain, des artistes connus et recon­nus. Yves Klein, Mauri­zio Catte­lan, Chris­tian Boltanski ou Sophie Calle côtoient Arnold Oder­matt, le poli­cier Suisse qui photo­gra­phie des voitures acci­den­tées, Gianni Piacen­tino le desi­gner et pilote de moto créa­teur de carros­se­ries aussi brillantes qu’abs­traites ou encore Richard Greaves, chef de cuisine qui a suivi des cours de théo­lo­gie, et ses photos de mysté­rieuses cabanes en pleine nature montées à partir de bois de récup’ et d’en­com­brants.

Carol Rama – Appas­sio­nata, 1939

Remon­ter aux sources

L’ori­gi­na­lité de la démarche de Char­lotte Laubard a été de remon­ter aux sources, aux chemi­ne­ments très divers menant au passage à l’acte. De fait, l’oeuvre de Chris­tophe Boltanski découle du trau­ma­tisme lié à son père caché sous le plan­cher durant plus d’une année de guerre. George Wide­ner est un autiste, quant à Galaxia Wang, si elle est diplô­mée de plusieurs écoles d’art, elle exploite un phéno­mène neuro­lo­gique assez rare, la synes­thé­sie, ou le fait d’as­so­cier natu­rel­le­ment les chiffres et les lettres à des couleurs. Décor­tiquer l’énigme auto­di­dacte reste évidem­ment vain. Comme si on démon­tait une montre pour décou­vrir qu’elle ne donne plus l’heure, et c’est d’au­tant plus fasci­nant.

Henry Darger (1892–1973). « After the battle ». Crayon et aqua­relle sur papier, 1910–1970.

L’Énigme auto­di­dacte. Jusqu’au 3 avril 2022 au Musée d’art moderne et contem­po­rain de Saint-Étienne. Tous les jours de 10h à 18h sauf mardi. De 5 à 6,50 €.