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Arnaud Viviant, le meilleur critique du Masque, à la fête du livre de Bron

Arnaud Viviant le critique littéraire du Masque et la plume.
Arnaud Viviant (photo Patrice Normand).

Notre critique litté­raire préféré du Masque et la plume est invité à la Fête du livre de Bron pour son Cantique de la critique, petit livre docu­menté et stimu­lant. L’oc­ca­sion d’une rencontre dans les coulisses d’un métier visible et fina­le­ment méconnu.

Vous citez Thibau­det et défen­dez le goût du plai­sir dans la critique. Il faut beau­coup d’em­pa­thie pour être critique comme vous l’êtes depuis long­temps. Avant d’ac­cueillir ou de reje­ter des livres, il faut leur donner leur chan­ce…

Arnaud Viviant : “Ce que vous appe­lez empa­thie, c’est ce que j’ap­pel­le­rais la curio­sité. Dans la critique média­tique telle que je la pratique, c’est le rôle du jour­na­liste. Lire demande beau­coup de temps, je ne fais pratique­ment que ça en lisant en moyenne 200 romans par an, prin­ci­pa­le­ment français. C’est tout un paysage la litté­ra­ture, qu’on voit évoluer avec le temps comme le reste de la société. Il y a les évolu­tions formelles comme l’au­to­fic­tion que j’ai vu naître, et puis les sujets fonda­men­taux qui nous disent quelque chose du monde. On est toujours à la recherche du livre idéal, du livre qu’on admire ou du livre dont on est jaloux, mais si on n’a pas cette curio­sité, il vaut mieux chan­ger de métier. Le contrat de lecture du critique, c’est d’être inté­ressé d’em­blée.

Vous distin­guez dans votre livre les “écri­vains du dimanche” des autres…

Je ne leur jette pas la pierre mais il y a effec­ti­ve­ment diffé­rentes sortes d’écri­vains : ceux qui sont un symp­tôme et qui peuvent nous révé­ler des choses sur la société, et les autres qui s’ins­crivent dans l’his­toire de la litté­ra­ture. Ce n’est simple­ment pas le même emploi.

« Etre jour­na­liste impose une certaine gaieté »

arnaud viviant

Le menu du Masque et la plume auquel vous parti­ci­pez est souvent plus tourné vers les best-sellers en livres qu’en cinéma où il se consacre avant tout au cinéma étiqueté d’au­teur…

Je ne suis pas sûr… Ce qui est vrai, c’est qu’il y a beau­coup plus de gens qui vont au cinéma que de gens qui lisent. Je fais le Masque depuis une ving­taine d’an­nées, on discute évidem­ment des livres avec Jérôme (Garcin, ndlr). Au début, je m’of­fusquais de certains choix de livres mais j’ai compris qu’il s’agit d’une émis­sion de radio et qu’on ne peut pas balan­cer un sommaire qu’a­vec des incon­nus si l’on souhaite être écouté. C’est une des fonc­tions de la critique : on nous écoute aussi pour ne pas avoir à lire les livres ! Encore une fois, ça prend beau­coup de temps. Et d’ailleurs, le public inter­vient sur les films dans l’émis­sion cinéma, pas quand il s’agit des livres…

« Une librai­rie n’est pas seule­ment un lieu bien rangé et bien éclairé dans lequel on a le temps de flâner pour envi­sa­ger un cadeau à faire. »

arnaud viviant

Vous venez de la presse rock et de la “contre-culture”, ce qui vous permet d’être de gauche sans être bien pensant. Vous pouvez aimez aussi bien des auteurs popu­laires que prendre des chemins de traver­se…

Quand on est jour­na­liste on veut être lu ou écouté, ça impose une certaine gaieté, j’aime bien me marrer dans la vie et j’es­saie d’être rigolo. Le but c’est de parta­ger ! Je sais très bien que je ne vais pas faire un best-seller avec un ouvrage sur la critique mais je ne suis pas un univer­si­taire, j’ai voulu garder une certaine viva­cité. C’est la même chose pour la liberté d’ap­proche, je n’ai pas de respon­sa­bi­lité édito­riale. Je ne vais pas sortir le cliché de “l’in­dé­pen­dance”, mais je suis un pigiste qui ne dépend pas de la pub contrai­re­ment aux personnes qui dirigent des rubriques dans des jour­naux, donc je n’ai pas d’au­to­cen­sure. Je peux d’ailleurs obser­ver une profes­sion­na­li­sa­tion des écri­vains qui sortent un peu le même livre tous les deux ou trois ans, très bien fait, mais sans chan­ger de trajec­toire. Pour un critique, il n’y a rien de mieux que décou­vrir un auteur évidem­ment, comme j’avais pu le faire avec Houel­le­becq quand j’étais aux Inrocks et dont je suis le néces­saire contem­po­rain. Mais j’aime les auteurs qui ont des hauts et des bas et des livres parfois peut-être plus maladroits mais qui sont souvent plus stimu­lants.

« Lire prend du temps, surtout quand on cherche à décou­vrir. On nous écoute aussi pour ne pas avoir à lire les livres ! »

arnaud viviant

Vous osez prendre des risques et même étriller genti­ment la figure du “libraire indé­pen­dant” dans votre livre, ce qui ne vous a pas fait que des amis dans le milieu…

(rires) Je dois être un des rares auteurs à dire du mal des librai­ries qui ont la capa­cité de bloquer des livres… Mais il n’y avait rien de méchant. Je rappe­lais simple­ment à un moment avec le confi­ne­ment où l’on s’ap­prê­tait à compa­rer les libraires qui font du click and collect à Jean Moulin, que porter des chaus­sures était plus indis­pen­sable que de lire un livre, ne serait-ce que pour aller le cher­cher ! D’ailleurs, j’ai aussi reçu des retours de libraires posi­tifs qui ont parfai­te­ment compris mon propos. Une librai­rie n’est pas seule­ment un lieu bien rangé et bien éclairé dans lequel on a le temps de flâner pour envi­sa­ger un cadeau à faire, même si je n’ai rien contre ça. Lire prend du temps, surtout quand on cherche à décou­vrir.”

Propos recueillis par Luc Hernan­dez

Arnaud Viviant, Cantique de la critique (La Fabrique éditions, 13 €).

Rencontre avec Arnaud Viviant (et Nico­las Richard) à la Fête du livre de Bron dimanche 13 mars à 15h30. Lire aussi nos articles sur Sorj Chalan­don, Nico­las Mathieu et Abel Quen­tin dans Exit print de mars n°96.

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