Sortir à Lyon
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Mourad Merzouki, ses projets hip-hop et son nouveau festi­val Kara­vel

Mourad Merzouki se relance avec le festival Karavel
Mourad Merzouki, à la tête du festival Karavel depuis 16 ans.

Prince du hip hop lyon­nais reconnu dans le monde entier, Mourad Merzouki conti­nue son travail de passeur avec le festi­val Kara­vel. Il réagit pour la première fois à sa candi­da­ture restée bredouille à la Maison de la danse. Et compte bien rester chez lui en région lyon­naise pour inven­ter des nouveaux projets. Il nous confie lesquels.

Contre toute attente, 2021 avait été une année record pour le festi­val Kara­vel…

Mourad Merzouki : “Effec­ti­ve­ment, une année record côté public avec 17 000 festi­va­liers mais aussi côté parte­naires. Pour nous, c’était vrai­ment la belle surprise, si on se replace dans un contexte où nous étions encore en pleine pandé­mie et on se posait beau­coup de ques­tions, notam­ment sur la venue du public. On a fait des grandes salles comme l’Amphi­théâtre 3000 ou les Céles­tins, c’était vrai­ment ines­péré ! Pour notre anni­ver­saire – 15 ans, ce n’est pas rien – c’était vrai­ment au-delà de nos espé­rances.

Vois-tu ce résul­tat comme une véri­table recon­nais­sance du hip-hop ?

Oui. Il y a quinze ans, vouloir créer un moment fort autour du hip hop, ce n’était pas gagné… On a démarré avec 4 ou 5 repré­sen­ta­tions quand on en a 60 aujourd’­hui dans une tren­taine de lieux ! La culture est souvent un milieu où l’on regarde le verre à moitié vide et c’est vrai que notre subven­tion est iden­tique aujourd’­hui à celle d’il y a quinze ans (250 000 euros, ndlr), mais on peut vrai­ment avan­cer l’idée sans se trom­per que la danse et le hip hop se portent très bien ! Quand on regarde ce qu’il se passe ailleurs, la France reste de loin le pays le plus soutenu. On ne peut que se réjouir de ça. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Et je consi­dère que c’est ma respon­sa­bi­lité d’ar­tiste et de program­ma­teur d’ame­ner du posi­tif !

Fred Bendongué invité par Mourad Merzouki au festival Karavel.
La Culture du zèbre de Fred Bendon­gué, figure histo­rique du hip hop. (photo Vincent Noclin)

Tu conti­nues aussi de mélan­ger la décou­verte de jeunes compa­gnies qui reste au coeur du festi­val avec la fidé­lité à des artistes qui ont grandi depuis leurs débuts…

Exac­te­ment. Le hip hop s’est diver­si­fié et boni­fié, ça aussi c’est incon­tes­table. Si on se retourne aujourd’­hui vers ses débuts, le hip hop était beau­coup dans la démons­tra­tion et l’im­pro­vi­sa­tion. Aujourd’­hui, on trouve des propo­si­tions beau­coup plus élabo­rées, mais aussi inti­mistes, dans lesquelles le rapport au corps demande beau­coup d’in­tros­pec­tion. C’est vrai­ment inté­res­sant, ça veut dire que dans la tête de ces artistes-là, il y a la volonté de prendre des risques, de surprendre. On n’au­rait jamais pu tenir 15 ans si le hip hop s’était contenté d’un copié-collé de ses débuts. A l’époque le hip hop était regardé comme une culture éphé­mère, un courant de mode qui n’al­lait pas durer, or ce n’est plus du tout ça. Kara­vel s’ap­puie sur cette dyna­mique : on trouve vrai­ment de tout dans Kara­vel, de Fred Bendon­gué qui pratique le hip hop depuis 15 ans et vien­dra faire un spec­tacle slamé sur son histoire, au waacking de prin­cesse Madoki (en couver­ture de notre numéro de septembre spécial rentrée cultu­relle, ndlr) qui est rare­ment montré sur un plateau.

« Le hip-hop s’est diver­si­fié et boni­fié, le festi­val Kara­vel s’ap­puie sur cette dyna­mique. »

mourad merzouki

C’est un festi­val qui ouvre une autre voie de program­ma­tion que la Bien­nale de la danse ou le festi­val d’au­tomne avec lesquels il ne saurait entrer en concur­rence. Il s’agit vrai­ment d’ou­vrir sur de nouvelles formes artis­tiques nais­santes, mais aussi d’avoir un enjeu socié­tal. 90% des artistes que l’on accueille sont des auto­di­dactes, la plupart du temps issus des quar­tiers popu­laires, qui s’ex­priment par la danse. C’est un véri­table trésor social. Je pense que le poli­tique devrait s’en saisir pour ces ques­tions-là aussi, qui sont des ques­tions incon­tour­nables je crois. Ce n’est pas qu’un festi­val de diver­tis­se­ment, c’est un festi­val qui repose sur une forme d’en­ga­ge­ment.

La compagnie Mazelfreten en ouverture du festival Karavel.
Rave Lucid, par la compa­gnie Mzel­fre­ten, à retrou­ver en ouver­ture du festi­val Kara­vel. (photo Jona­than Godson)

Le poli­tique, juste­ment, ne t’a pas choisi pour prendre la tête de la Maison de la danse. Tu comptes rebon­dir avec de nouveaux projets autour de Kara­vel, comme par exemple des rési­dences ou une école supé­rieure de Hip Hop comme il y a le CNSMD pour la danse clas­sique et contem­po­raine ?

Oui, comme tu le sais, je quitte le CCN de Créteil au mois de décembre, donc ma compa­gnie va rede­ve­nir nomade. Ma prio­rité, c’est de travailler sur un lieu d’im­plan­ta­tion, par exemple à Saint-Priest. Je pour­sui­vrai les projets que je mène sur l’Est lyon­nais notam­ment à Bron c’est certain. Il y a un public et un désir poli­tique aussi. Je compte évidem­ment pour­suivre mon travail de créa­teur et conti­nuer de parta­ger mes spec­tacles avec les Lyon­nais. Il y a un public à la fois bien­veillant, fidèle et exigeant ici, et c’est mon histoire ! J’ha­bite toujours Saint-Priest. Mais je veux aussi conti­nuer le travail de passeur que je fais avec Kara­vel. Ta ques­tion est très perti­nente sur une forme de Conser­va­toire, moi je parle de ballet, on peut parler d’un collec­tif de danseurs, on l’ap­pelle comme on veut… Mais c’est une ques­tion fonda­men­tale.

« J’ai­me­rais créé un véri­table ballet hip hop qui fasse travailler les danseurs au quoti­dien. »

mourad merzouki

Il y a eu le passage de la rue à la scène pour le hip hop, puis l’ac­cueil dans les centres choré­gra­phiques natio­naux. On n’au­rait jamais pu l’ima­gi­ner au début. Donc main­te­nant, la ques­tion qui se pose, et que je me pose, c’est comment pour­suivre ce travail sur le corps du danseur. Le gestuelle, l’éner­gie, la prouesse d’un danseur hip hop sont toujours bien­ve­nues, mais 30 ans après les débuts, un spec­ta­teur d’aujourd’­hui ne peut plus se conten­ter que de ça. C’est ce travail en profon­deur, quoti­dien, de danseurs qui répètent et travaillent tous les jours auquel je voudrais m’at­te­ler main­te­nant. Il faut bien se rendre compte que ce n’est pas le cas aujourd’­hui pour la plupart des danseurs de hip hop. Certains passent d’une compa­gnie à l’autre, mais nous n’avons pas d’école avec une véri­table forma­tion sur plusieurs années comme on peut le voir en danse contem­po­raine ou en danse clas­sique. Donc mon rêve, ce serait effec­ti­ve­ment d’avoir les condi­tions, l’es­pace, l’ou­til pour faire ce travail-là. Pour que les danseurs de hip hop soient prépa­rés à l’exi­gence des choré­gra­phies actuelles. Quand je crée un spec­tacle aujourd’­hui, je suis amené à créer et former en même temps, souvent en à peine trois ou quatre semaines. J’ai parfois des danseurs qui montent pour la première fois sur scène. Mon travail à ce moment-là est double, c’est à la fois de les outiller pour être inter­prète et de les inscrire dans une pièce en parti­cu­lier.

« J’avais je crois ma légi­ti­mité pour diri­ger la Maison de la danse, mais un autre projet a été choisi à l’una­ni­mité, je veux leur faire confiance. »

mourad merzouki

La déci­sion de ne pas avoir été retenu pour la Maison de la danse peut paraître assez incom­pré­hen­sible du point de vue du public. Comment l’as-tu comprise ?

C’est une très bonne ques­tion ! Aujourd’­hui, j’ai tourné la page… J’ai rêvé un projet pour cette maison avec passion et enga­ge­ment comme tous les autres candi­dats. J’avais je crois ma légi­ti­mité de par mon travail et mon histoire. Un autre projet a été choisi (lire notre entre­tien avec Tiago Guedes dans notre numéro de rentrée le 1er septembre), et bien sûr, je souhaite que ce projet réus­sisse. Quand on connaît l’his­toire de la danse à Lyon, on ne peut qu’es­pé­rer que la dyna­mique pensée à l’époque par Guy Darmet puis ensuite par Domi­nique Hervieu se pour­suit. Je n’ai pas eu plus d’élé­ments me permet­tant de répondre à ta ques­tion. J’es­père avoir l’oc­ca­sion d’échan­ger prochai­ne­ment. Mais le projet a été choisi à l’una­ni­mité, je veux leur faire confiance. En ce qui me concerne, je vais conti­nuer à rêver à mes projets autre­ment.”

Propos recueillis par Luc Hernan­dez

Zéphyr, un des plus beaux spectacles de Mourad Merzouki.
Zéphyr, un des plus beaux spec­tacles de Mourad Merzouki, repris pendant le festi­val Kara­vel.
(photo Laurent Philippe)

La rentrée tous azimuts de Mourad Merzouki :

16e festi­val Kara­vel, du 23 septembre au 23 octobre, à Bron et ailleurs. Lire notre sélec­tion de spec­tacles dans notre hors-série de la rentrée cultu­relle.

Phénix, nouvelle créa­tion de Mourad Merzouki pour quatre danseurs et une viole de gambe (Lucille Boulan­ger en live), dans le cadre de Kara­vel. Dim 25 septembre au festi­val d’Am­bro­nay, de 5 à 20 €. Jeu 6 octobre au Pôle en scènes Albert Camus à Bron, 8 €. Ven 21 octobre au théâtre Alle­gro à Miri­bel, de 15 à 28 €.

Zéphyr de Mourad Merzouki, mardi 4 et mercredi 5 octobre dans le cadre du festi­val Kara­vel, au Radiant-Belle­vue à Caluire. De 18 à 36 €.

Folia de Mourad Merzouki avec le Concert de l’Hos­tel Dieu. Vendredi 8 octobre à 20h à l’Opéra-théâtre de Saint-Etienne. De 10 à 42 €. Du mardi 11 au vendredi 14 octobre à 20h30 (jeu 19h) à l’espace Bonlieu à Annecy. De 8 à 31 €.