Sortir à Lyon
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Décou­vrez Sans filtre, le nouveau film de Ruben Ostlund, Palme d’Or punk et chic

Sans filtre (Triangle of sadness), seconde Palme d'Or pour Ruben Ostlund.
Harris Dickinson au début de Sans filtre.

Il y a les punk à chiens, et il y a les punks à chics. Depuis The Square et sa première Palme d’Or en 2017, Ruben Östlund appar­tient mani­fes­te­ment à la seconde caté­go­rie. Sati­riste impi­toyable des friqués jusqu’au cynisme, après l’art contem­po­rain, le voilà qui s’en prend au monde des mannequins et des influen­ceurs (mal) embarqués sur un yacht de luxe pour oligarques (russes). Le géné­rique donne le ton, compa­rant la meilleure façon de marcher d’une série de torses imberbes lors d’un casting animé par un inter­vie­weur gay se trémous­sant. Vous décou­vri­rez enfin la diffé­rence entre H&M et Balen­cia­ga… On se marre douce­ment, avant qu’a­vec son premier chapitre, Carl et Yaya, Ostlund s’at­tèle à son sujet favori : l’argent (qu’il montre) et le sexe (qu’il cache) pris au piège des appa­rences. Dur, dur, d’être un couple de mannequins, quand on oublie de payer l’ad­di­tion. Ce premier chapitre digne d’une conver­sa­tion chez David Fincher sera surtout l’oc­ca­sion d’ins­tal­ler la tris­tesse de Carl (formi­dable Harris Dickin­son, aperçu dans le dernier King­sman), cachant ses rides au coin du front (le Triangle of sadness du titre origi­nal). 2h30 plus tard, il finira le film dans les bras d’une cougar (géniale Dolly De Leon) sur la plage, pour y trou­ver davan­tage de tendres­se… et de pois­son.

Battle marxiste

Woody Harrel­son, capi­taine infré­quen­table du Yacht.

Entre les deux, c’est la séquence centrale du Yacht, qui va embarquer tout ce beau monde dans un remake vomi­tif du Tita­nic. La capi­ta­lisme finis­sant sous le fard et le caviar de vieux couples repus ultra-riches va commen­cer à tanguer, autour de discours litté­ra­le­ment gerbants sur l’uti­lité des « grenades » aux « démo­cra­ties », et il ne s’agit pas des fruits… Ostlund se lâche, et la maîtrise étouf­fante et rabat-joie de The Square laisse la place au jeu de massacre le plus débridé, jusqu’à faire gicler la merde des soutes… L’argent encore, cette fois dans son versant psycha­na­ly­tique. Le vieux capi­taine commu­niste (Woody Harrel­son) et son repre­neur milliar­daire russe (Oliver Ford Davies) se livre alors à la battle marxiste le plus déli­rante qu’on ait vu au cinéma depuis long­temps.

Yaya et Carl (Charlbi Dean et Harris Dickin­son).

Tita­nic ou Koh-Lanta

Dommage qu’Ost­lund ne se soit pas arrêté là. S’il retrouve dans sa première partie l’hu­mour noir de son premier film, Snow Therapy (tourné dans les Alpes), en surdoué un peu trop content de lui, il ne peut pas s’em­pê­cher de mora­li­ser tous ces person­nages dans une dernière séquence – la plus longue – façon Koh-Lanta sur un île déserte. Un envers du décor pour renver­ser les rapports de force au cas on l’on n’est pas encore compris, mais qui nous permet de retrou­ver en second rôle Jean-Chris­tophe Folly, un acteur qu’on aime bien, et une bonne blague de potache là aussi bien vue : un Mama­dou vient vendre sur la plage des faux Chanel et Gucci à ces richis­simes naufra­gés… Certes, le message est enfoncé aux quatre coins du Scope mais la féro­cité fait souvent mouche, et la maîtrise et l’am­bi­tion formelles sont incon­tes­tables. Ruben Ostlund est bien un sati­riste des temps modernes, et sa deuxième Palme vaut mieux que la première, remplaçant le procédé passif-agres­sif de The Square par une forme de jubi­la­tion narquoise plus complice avec le spec­ta­teur. Elle pour­rait même toucher un public plus large que d’autres récom­penses, y compris les jeunes (et les oligarques russes !)… lorsqu’une date de sortie sera annon­cée. C’est tout le mal qu’on lui souhaite.

La première scène de Sans filtre.

Sans filtre de Ruben Östlund (Triangle of sadness, Suè, 2h30) avec Harris Dickin­son, Charlbi Dean, Woody Harrel­son, Oliver Ford Davies, Dolly De Leon, Jean-Chris­tophe Folly… Sortie le 28 septembre.